Eglise catholique-romaine du canton de Berne

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"On n´invente rien: on revient aux origines!"

Accessible à tous les âges, le langage symbolique favorise une véritable catéchèse communautaire, intergénérationnelle et décloisonnée. Henri Derroitte, professeur à la Faculté de théologie de l´Université catholique de Louvain (Belgique) et responsable des éditions et de la revue Lumen Vitae, ainsi que l´abbé Maurice Queloz, prêtre dans l´Unité pastorale de la Haute-Ajoie, sont les auteurs du livre "Langage symbolique et catéchèse communautaire". Un ouvrage décapant qui propose un parcours catéchétique en vue d´une véritable initiation chrétienne. Rencontre avec l´abbé Maurice Queloz.

Un livre à lire et… à mettre en pratique!

Un livre à lire et… à mettre en pratique!

Pourquoi ce livre?
Pour redonner une nouvelle dimension à la catéchèse, à l´annonce de la Parole à la communauté. On a confondu l´initiation à la foi chrétienne avec la connaissance de la foi chrétienne. Ici, à travers le langage symbolique, on part de l´expérience de tous les jours. Ce n´est donc pas un enseignement, mais une prise de conscience de ce qui se vit au quotidien. On s´enrichit ensemble à travers toutes les expériences et on est amené à s´interroger sur les mystères de la vie, de la liberté, de l´amour, de la souffrance… A partir de notre expérience de la création, on rejoint la Parole de Dieu puisqu’il a tout créé. Toute réalité créée devient alors symbole de la Parole (Rm 1,20). La démarche catéchétique proposée ici part du bas. Dans ce type de partage, il n´y a ni juste ni faux: on est dans l´expérience, et toutes les expériences sont accueillies et sont formatrices. Les symboles – et c´est là leur force – tiennent des ambivalences de la vie.

Mais pourquoi n´a-t-on pas mis sur pied une telle catéchèse avant?
Mais elle existait déjà du temps des premiers chrétiens! Chez les Pères de l´Eglise, on avait affaire à toute une catéchèse symbolique. Regardez la photo de la couverture du livre où l´on découvre les mains d´une potière. Elle nous ramène au texte biblique où Dieu invite Jérémie à descendre chez le potier pour lui faire comprendre comment Il agit avec son peuple. On voit donc qu´il n´y a pas que la symbolique qui est importante, mais aussi les gestes symboliques, comme par exemple le travail de la terre ou encore le geste symbolique dans la liturgie. Jésus a utilisé le langage symbolique car il a voulu que son message soit à la portée de tous. C´est notre culture occidentale qui a rationnalisé. A partir du moment où les sciences dites exactes et la technologie ont réalisé des progrès et présenté des résultats concrets, on s´est dit qu´il faudrait peut-être aussi intellectualiser la transmission de la foi et délaisser une approche imagée trop "enfantine" de l´Evangile. D’une part, en théologie, on a commencé à faire de très beaux raisonnements qui finalement dépassent complètement les gens. On a cru bien faire. D’autre part, dans le langage de la foi, qu´on le veuille ou non, on a toujours affaire au Mystère, il faut - à un moment donné - non pas des concepts, mais des réalités de l´œuvre de Dieu, symboles de la Création, pour parler de la foi. Un langage symbolique qui intègre toute notre réalité humaine, l´émotion, l´affectivité et toute notre expérience.

A qui s´adresse principalement cet ouvrage?
A tous ceux qui sont passionnés par l´annonce de la Parole de Dieu dans le monde d´aujourd´hui... Mais il est vrai que c´est parfois un livre un peu technique. La 3e partie, par exemple, s’adresse plus particulièrement à ceux qui doivent organiser des parcours de catéchèse. Par contre, des parents ou des grands-parents désemparés, qui ne savent plus comment faire pour annoncer la foi aujourd´hui à leurs enfants ou petits-enfants, peuvent trouver des pistes dans ce livre qui nous éveille au langage symbolique.

Justement, on trouve souvent l´expression "éveiller", en référence au langage symbolique…
Oui. C´est pour marquer la différence entre "expliquer" les symboles et "éveiller" au langage symbolique. Si je dis par exemple: "l´eau, c´est la vie", j´enferme dans un concept quelque chose qui ne doit pas se laisser enfermer dans une définition. Il ne s´agit donc pas d´expliquer, mais de rendre les gens sensibles au langage symbolique. On est tous au service de l´éveil. Il y a tout un parcours qui est proposé dans le livre, en six étapes, pour montrer justement comment on peut éveiller les gens à ce langage. Le langage symbolique est à la portée de tout le monde, et surtout des enfants qui conceptualisent très peu la réalité. Il permet la corrélation catéchétique entre la vie concrète et la foi. Le symbole touche les profondeurs de l´inconscient. Dans une approche catéchétique de ce type, on devient toutes et tous une communauté d´apprenantes et d´apprenants et la connaissance ne peut plus être utilisée comme un pouvoir. On a déjà commencé d´expérimenter cette démarche. Pour l´instant, c´est vrai, il n´y a que d´excellents échos. La catéchèse n´est plus le propre des curés ou des catéchistes: on est tous partenaires.

Le langage symbolique s´oppose-t-il à la technologie moderne?
Non. On a d´ailleurs fait toute une retraite de Première Communion sur la symbolique de l´antenne parabolique. Les enfants découvrent qu´on est appelé à être des paraboles, à capter les ondes invisibles. Nous aussi, dans la foi, nous sommes devenus des paraboles, capables de capter l´invisible de la présence de Dieu et de laisser rayonner, sur notre visage, le visage du Christ. Chaque fois que les enfants ayant vécu cette retraite voient leur parabole chez-eux, ils repensent à ce qu´ils ont vécu en catéchèse. Si Jésus venait maintenant, il est évident qu´Il utiliserait les éléments modernes dont nous disposons. On ne diabolise pas la technologie. Mais il faut faire très attention pour que ça reste fidèle à la Parole de Dieu. Il y a des symboliques qui ne fonctionnent plus bien avec les enfants puisqu´ils ne les expérimentent plus. Si vous faites par exemple de la catéchèse en prenant la symbolique du berger et des brebis et que les enfants n´ont jamais vu tout cela en vrai, la symbolique ne pourra pas se concrétiser dans la vie de l’enfant: il ne l’expérimentera pas.

Quelle est la différence entre le symbole et le signe?
Le signe renvoie à un signifié. Un panneau de la circulation peut ainsi nous annoncer un virage. Il renvoie à quelque chose d´autre que lui-même. Le signe est un code, il est purement conventionnel et n´a, en soi, rien à voir avec le signifié. Le signe renvoie toujours à quelque chose de simple, contrairement au symbole qui renvoie au Mystère de la vie. Etymologiquement, le mot symbole veut dire "mettre ensemble". Le symbole est une réalité perceptible par les sens, mais qui renvoie à une réalité imperceptible par les sens, mystérieuse, qui nous transcende. Ainsi, tout le monde sait que le cierge pascal n´est pas le Christ, mais que ce cierge nous dit quelque chose du mystère du Christ. Il n´y a aucune culture, aucune religion ou aucune société qui se soit passée du langage symbolique. Pourquoi? Parce que l´homme lui-même est symbolique. Il a un corps et il a - qu´on l´appelle âme ou esprit - tout un monde imperceptible et invisible en lui. Et c´est par son corps que l´homme exprime tout cet imperceptible. Mais il peut aussi également l´exprimer avec des objets qu´il va utiliser comme symboles. Ainsi l´amoureux va-t-il prendre une rose pour exprimer son amour à sa bien-aimée. Il fait ainsi de la rose un symbole de sa tendresse. Chez la fleuriste, cette rose n´est pas un symbole. L´homme a donc la capacité de consacrer ou de créer la symbolique.

Propos recueillis par Christiane Elmer

05.04.2009


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