La MCE de Bienne célèbre cette année ses 50 ans. Depuis 1962, le profil de celles et ceux qui fréquentent la Mission a changé, les missionnaires se sont succédé, mais l'essentiel est resté. Petit tour d'horizon avec Arturo Gaitán, missionnaire à la MCE depuis 1997.

Mardi, 24 Janvier 2012 / Vous tenez les rênes pastorales de la MCE depuis 15 ans. Quel a été votre parcours avant?
J'ai été ordonné prêtre à 27 ans, en Espagne, puis j'ai enseigné à l'école de la Congrégation des Clarétains de Valence. Ensuite, j'ai vécu une expérience très intéressante en Guinée équatoriale où, durant cinq ans, j'ai été à la fois enseignant et curé. Après cela je suis retourné à Valence, toujours dans la même école des Clarétains. Après les Jeux Olympiques de Barcelone, en 1992, j'ai vécu pendant 5 ans à Zurich avant de rejoindre Bienne en 1997. Je célèbre des messes en espagnol à Bienne et, depuis 2002, également à Soleure et à Granges.
Le 22 janvier dernier, nous avons vécu l'ouverture officielle du 50e anniversaire de la MCE. Vos impressions?
C'est un peu complexe car cinquante d'histoire, c'est un bon bout de chemin. Et il y a eu bien des changements depuis la fondation de la Mission. En 1962, la MCE était l'endroit où les Espagnols retrouvaient l'Espagne. De nos jours, nous avons affaire non seulement à des ressortissants espagnols, mais aussi à des personnes d'Amérique du Sud et également à des Portugais. Il y a cinquante ans, les Espagnols qui débarquaient à la MCE de Bienne ne connaissaient rien de la Suisse. Aujourd'hui, une grande partie de nos gens sont là depuis 50 ou 40 ans. Mais, pour en revenir à la fête du 22 janvier, elle était pleine de joie pour tous et de surprises! Un petit rappel de l'événement? Nous avons vécu une magnifique célébration à l'église. J'étais entouré du vicaire épiscopal Jean Jacques Theurillat et de l'abbé Patrick Werth. Il y a eu quelques discours et mots de félicitations, en plusieurs langues, de Mmes Gudula Metzel, responsable régionale de la partie germanophone de la région diocésaine Ste-Vérène, Christine Vollmer, responsable de la pastorale alémanique de St-Nicolas, de l'abbé Patrick Werth, membre de l'équipe pastorale francophone, du président de Conseil de paroisse de Bienne, Patrick Lüscher, de l'administrateur Robert Messer, ainsi que du président de la MCI, Gabriele Di Francesco. Une messe avec des chants joyeux, des fanions portés par des enfants... Ensuite, il y a eu un apéro dînatoire, animé par les envols colorés de danseuses et d'enfants. Un petit air d'Andalousie! Et puis, chaque participant a reçu un T-shirt blanc portant le logo du 50e de la MCE. Une manière de porter sur soi le souvenir de cette journée!
Y aura-t-il d'autres manifestations dans le cadre de ce 50e anniversaire?
Oui, notamment un pèlerinage à Lourdes du 17 au 20 mai, puis des conférences les 1er et 2 juin. Un pique-nique sera organisé le 23 septembre à la Waldhaus Sandgrube de Brügg. Enfin, le 2 décembre, une messe de clôture aura lieu à St-Nicolas. Nous organisons également un concours de peinture pour toutes les catégories d'âge.
Depuis 2008, le nombre d'hispanophones est en constante augmentation à la Mission de Bienne. Il y en aurait 2830 selon les dernières statistiques...
Ce phénomène est dû notamment à l'arrivée de Sud-Américains et, ces derniers temps, de jeunes Espagnols qui fuient la crise économique qui sévit en Espagne. Votre bras droit à la MCE, c'est l'assistant social José Luis Marcos, rappelé d'urgence en Espagne pour raisons familiales au moment où nous réalisons cette interview. José Luis a un rôle très important à la MCE. Et le visage de l'assistance sociale est également bien différent aujourd'hui de ce qu'il était voici quelques décennies. Outre le travail social, José Luis s'occupe aussi des tâches administratives, du secrétariat... Il pourra vous expliquer tout cela à son retour. (ndlr: une interview avec José Luis Marcos figurera dans un prochain angelus)
Pastoralement, qu'est-ce qui a changé au fil de ces années?
La catéchèse! Quand je suis arrivé, en septembre 1997, la catéchèse consistait à préparer un petit groupe de jeunes, environ quatre, à la confirmation. De nos jours, il y a une quarantaine d'enfants qui suivent - durant huit ans - la catéchèse de la MCE. Ils se préparent aux sacrements de la Première Communion et de la Confirmation.
Comment expliquez-vous ce besoin de suivre une catéchèse en espagnol?
Ce sont des enfants qui suivent une scolarité à Bienne ou dans la région, en français ou en allemand, et qui sont pour la plupart nés ici. Ce sont généralement les parents qui tiennent à ce que leurs enfants suivent le caté à la MCE. Pour eux, ce qui touche à l'Eglise doit se vivre en espagnol. En général, on prie et pratique dans sa langue maternelle. La catéchèse donne aussi l'occasion aux familles de se rassembler et de faire connaissance lors d'événements spéciaux. Les gens nouent ainsi des liens d'amitié et les parents sont invités à prendre part à certaines rencontres. Nous avons trois catéchistes à la MCE qui s'occupent de huit groupes de catéchèse.
Qu'en est-il de l'intégration?
Les Espagnols sont intégrés. Ils travaillent en Suisse, font leurs achats en Suisse, prennent le train ici... Ils ont besoin aussi d'un petit coin à eux pour pouvoir se retrouver, s'exprimer, ne pas perdre leurs racines. S'intégrer ne veut pas dire s'effacer ou s'uniformiser.
Et du côté de la pratique?
Les changements qui affectent l'ensemble de la société nous affectent aussi. Nous vivons la même réalité que l'Eglise suisse; nous constatons, nous aussi, une diminution de la pratique religieuse chez les jeunes.
Quel est le rôle de la MCE aujourd'hui?
C'est d'offrir un endroit où vivre et partager "l'hispanité". Un lieu non seulement cultuel, mais aussi culturel. Nous avons une bibliothèque, une vidéothèque, organisons un bazar, une pièce de théâtre, des cours de français et d'allemand toutes les semaines. C'est d'ailleurs José-Luis Marcos qui dispense les cours de français. Pastoralement, à part les messes et les sacrements, la MCE propose également des pèlerinages chaque année.
Quel est le lien de la Mission catholique de langue espagnole de Bienne avec les autres MCE de Suisse?
Il y a 14 MCE en Suisse, divisées en zones (nord, centre, sud). Tous les deux mois, nous avons une réunion par zone, chaque année une semaine de formation et aussi une semaine d'exercices spirituels. Pour rester dans les rencontres, il y a encore tous les ans, un week-end de formation pour les catéchistes et deux de formation pour les laïcs, sans compter toutes les réunions (secteurs, doyennés, sessions de formation, conférence pastorale..) avec nos collègues de la pastorale biennoise et les agents pastoraux du Jura pastoral. Parmi toutes les Missions catholiques de langue espagnole de Suisse, celle de Bienne est la plus intégrée à la pastorale suisse. Lorsque c'est nécessaire, nous donnons volontiers un coup de main à nos collègues des autres communautés linguistiques.
Arturo Gaitán, 2012 est résolument l'année des chiffres ronds, aussi bien pour la MCE que pour vous...
Oui, notre Mission fête son demi-siècle et moi, le 14 juillet prochain, j'aurai 60 ans! Je pense donc ne pas me tromper en vous disant que, pour le 100e de la Mission... je ne serai pas là!
Propos recueillis par Christiane Elmer
