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Roland Jeanneret: 40 ans au service de la musique!

Il avait à peine vingt ans en 1972, date de ses débuts d'organiste au sein de la paroisse de Bienne. Aujourd'hui, Roland Jeanneret est un musicien et compositeur confirmé qui, par-delà l'enseignement de la musique, continue d'animer des célébrations à l'orgue. Reflets d'un long parcours...

Roland Jeanneret / Chr. Elmer
Roland Jeanneret / Chr. Elmer

Mercredi, 22 Février 2012 /  L'histoire de Roland Jeanneret se mêle un peu à celle de Ste-Marie. C'est dans cette église en effet que le jeune Roland a fait sa confirmation. Il avoue lui être particulièrement attaché. Jetant un regard intérieur sur les quarante années qu'il a passées à l'orgue, il hoche la tête: "On croit toujours, quand on est jeune, qu'on a le temps, que ça va durer éternellement, et je me rends compte... que ça a passé très vite!"
Le temps, oui. Une composante importante dans la vie du musicien qui fêtera ses soixante ans le 16 avril prochain. "Avant, on prenait le temps de répéter les chants avant la messe. L'Eglise catholique se doit pourtant d'être exigeante et d'offrir un service de qualité." D'aussi loin que Roland Jeanneret se souvienne, il a toujours éprouvé un vif intérêt pour la musique et la théologie. "Mais voilà, je suis devenu musicien." Quarante ans aux orgues de Ste-Marie, bientôt trente-cinq ans d'enseignement à l'Ecole de musique du Landeron, des compositions, des concerts, des cours à l'étranger... La fidélité de l'homme est exemplaire. A sa passion musicale, à son engagement en Eglise, à sa soif de perfection et d'harmonie. Et de survoler, réjoui, les grands changements survenus depuis Vatican II: les célébrations dans la langue du peuple, et non plus exclusivement en latin, la création d'un répertoire musical approprié, pour différentes chorales, avec notamment l'émergence d'auteurs comme Jacques Berthier, Jo Akepsimas, etc., l'implication des laïcs et la participation de la communauté à la liturgie...

Souvenirs
Entre ses dix-sept et ses vingt ans, Roland a été organiste à La Neuveville. Puis, le 10 février 1972, ce fut sa première messe. La première où il eut à accompagner à l'orgue Mme Yolande Revat, animatrice. A l'époque, à Ste-Marie, il y avait le curé Jean-Loys Ory et les vicaires Vettiger et Brun. Des noms qui sans doute éveilleront de vieux souvenirs chez certains lecteurs... "Il y avait alors une messe le samedi soir à Ste-Marie et encore quatre autres le dimanche matin. La quatrième messe était célébrée à 11.30, en allemand. "On l'appelait "la messe des flemmards"; c'était surtout le personnel soignant qui y prenait part." Dès 1973, on est passé à trois messes dominicales et, dès 1975, à deux. D'autres noms sont cités, tel celui du curé Ruoss qui avait incité le jeune Roland à jouer de l'orgue à l'église. A l'instigation de Jean-Loys Ory, l'emplacement de la chorale à l'église changeait souvent. Le curé tenait à ce que le chœur chante devant, face à l'assemblée. "Ce fut une très belle expérience, mais quelque peu ambiguë... Souvent, c'étaient les choristes le centre d'intérêt et non plus le prêtre!" Et il reprend: "J'avais vingt ans, encore en études et, ayant l'appui du clergé, je bénéficiais de leur formation liturgique. L'un des premiers animateurs liturgiques a été Albert Messerli puis, plus tard, Marion Chapuis. Du temps du curé Ory, le programme des chants était préparé trois mois à l'avance. Les prêtres qui m'ont le plus marqué ont été l'abbé Pierre Salvadé et l'abbé Leonz Gassmann. Et puis, ce qui était très positif, c'est qu'on vivait très bien cet esprit bilingue. Je comprends qu'aujourd'hui on veuille diversifier, cependant, le bilinguisme s'est un peu perdu dans nos célébrations. Ah...Que de souvenirs!"

 Bémols mais Lumière
"Si l'on ne fait pas preuve d'une certaine exigence, les paroissiens ont tendance à déserter les rangs des églises". D'un point de vue musical, l'organiste en appellerait à davantage de consistance. "A force de trop simplifier les choses, on ne rend service à personne. On a tendance à trop se disperser, à sombrer un peu dans l'amateurisme". Roland Jeanneret regrette aussi que les prêtres restent bien souvent "à l'arrière-plan". Trop d'agitation, pas assez d'actions substantielles. "Le prêtre, selon moi, doit être un leader, quelqu'un de plus engagé et ferme. Liturgiquement, pourquoi ne se permettrait-on pas d'appuyer davantage certains moments? Il me semble qu'on a tendance à s'orienter vers des célébrations un peu "light"... Les dimensions mystique et rituelle manquent".
Depuis trois ans, suite à des différends, l'organiste n'accompagne plus le chœur de Ste-Marie. "C'est regrettable. Mais ce n'est pas moi qui ai abandonné la chorale." Quoiqu'il en soit, Roland Jeanneret continue d'animer les célébrations à Ste-Marie. "Tout cela ne m'a pas affecté dans ma foi. On tient bon, on est là, et on essaie de donner le meilleur de soi-même."

Fascination
Petit retour en arrière. Encore. Puisque, on le sait, la mémoire opère parfois des bonds dans le temps. Nous voici aux alentours de 1958. Le petit Roland prend ses premières leçons de piano. C'est son papa qui les lui donne. "Il jouait de la trompette et était fin musicien", explique Roland Jeanneret. Repensant à ce père, horloger de métier, il en revoit la silhouette penchée sur l'ouvrage. "Il avait une façon surprenante de disséquer des montres puis d'en rassembler toutes les pièces éparses..."
Après ses leçons de piano avec son père, Roland a eu droit à des leçons avec la pianiste italienne Irma di Stefano. Puis, ce fut Einsiedeln et une année en internat. "Là, deux pères bénédictins m'ont insufflé encore davantage le virus de la musique..." Puis il a poursuivi ses études à Fribourg. Certes, le jeune musicien aurait pu envisager une carrière de soliste. Mais ce n'était pas sa priorité, attiré qu'il était par l'enseignement de la musique: inculquer les bases de la musique à des enfants, les initier à un instrument dès que possible et suivre l'évolution musicale d'un(e) jeune au fil des années. Faire de sa passion son métier et de son métier sa passion? C'est ce que Roland Jeanneret a accompli en devenant directeur artistique et administratif de l'Ecole de musique du Landeron et, avant cela, en enseignant dans d'autres établissements du canton de Neuchâtel. Licencié en musicologie et titulaire d'un diplôme de langues, ce virtuose d'orgue et piano possède également un diplôme en direction de chœurs, fanfares et orchestres.
Musique toujours, mais côté spiritualité, l'organiste se donne sans compter à l'église. Durant ses loisirs, que fait-il donc? Encore de la musique! Il compose plusieurs œuvres par année durant son temps libre et travaille aussi à l'étranger. Il a écrit des pièces vocales et instrumentales et donne régulièrement des concerts à l'orgue et au piano. "Oui, la musique est toujours présente, même pendant mes vacances. Si je pense à la retraite, dans quelques années, cela ne m'effraie pas. Il y a la musique, mon ensemble vocal et instrumental, des cours à donner ici et là, les concerts..." Puis, dans un grand sourire, le regard bleu pétillant: "Je remercie le Ciel de m'avoir permis de réaliser tout cela!" 

Propos recueillis par Christiane Elmer