L'abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l'Université de Fribourg, nous livre ici sa réflexion intéressante sur la communication dans l'Eglise.

Lundi, 10 Septembre 2012 / Dans tous les entretiens demandés au nouvel évêque de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel, Mgr Charles Morerod, l'une des constantes mises le plus en valeur par les journalistes réside dans le fait qu'il est inscrit sur Facebook. Et qu'il souhaite organiser un pool des théologiens prêts à répondre sur un blog du diocèse aux questions que se posent les gens aujourd'hui, afin de faire "retentir la joie d'être chrétien". Après une année de ministère, l'évêque de Bâle, Mgr Felix Gmür, a publié quant à lui sa lettre pastorale "A l'écoute des hommes de ce temps" sous forme d'une vidéo. Il s'était déjà signalé en s'adressant dans un petit clip à toutes les Jurassiennes, engagées en Eglise ou non, lors de la Journée de la femme, le 8 mars de l'année dernière.
En Suisse alémanique, c'est l'Abbé d'Einsiedeln, Mgr Martin Werlen, qui, parmi les responsables ecclésiaux, joue le plus volontiers des divers médias et "nouvelles technologies de la communication". Il invite à un pèlerinage des gens du voyage en son Abbaye. Il prend une position publique courageuse, par exemple en affirmant que l'Eglise n'est "ni de droite ni de gauche" mais qu'elle désire faire entendre sa voix dans les débats politiques d'actualité. Ou encore, il ose reconnaître les fautes commises par certains moines et prêtres dans le cas des douloureux cas d'abus sexuels. Audace et clarté "Une Eglise qui ne communique pas... n'est plus l'Eglise", affirmait le 12 janvier dernier Mgr Celli, le président du Conseil pontifical pour les communications sociales, lors d'un colloque organisé à l'Université de Fribourg par la Commission des médias de la Conférence des évêques, la Ligue catholique suisse pour la presse, et la Faculté de théologie fribourgeoise. Il s'agissait de célébrer les 40 ans du très important document romain "Communion et progrès". Ainsi que l'a rappelé André Kolly, l'ancien directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT), ce texte, 10 ans après Vatican II, invitait avec vigueur l'ensemble des baptisés et des instances ecclésiales à oser se risquer dans des "aéropages modernes" que sont les médias pour annoncer leur bonheur de croire et dialoguer avec la société (selon l'expression de Jean Paul II dans l'encyclique "La mission du Rédempteur" de 1990).
Pour la circonstance, le diacre Jean-Claude Boillat, responsable du Service audio-visuel du Jura pastoral, avait préparé deux séquences filmées comme éléments de discussion, pour exprimer ce que les agents pastoraux et les fidèles attendent de la communication en Eglise: audace et clarté, témoignage et compétence, écoute et critique de "l'esprit du monde". Habiter la toile Le Vatican est à la pointe de la technologie dans ce domaine, avec ses services journaux, radio et télévision répandus à travers le monde en de nombreuses langues et de récentes réalisations comme les sites internet News, le Parvisdesgentils ou Pope2you pour les jeunes. Des cardinaux s'aventurent d'ailleurs sur Twitter avec de beaux résultats. Benoît XVI invite explicitement les jeunes à habiter l'univers numérique et à participer à l'annonce de l'Evangile sur le net: "Evangélisez le continent digital", leur propose-t-il dans son message pour la 44e Journée mondiale des communications sociales ("Le prêtre et la pastorale dans le monde numérique: les nouveaux médias au service de la Parole", Rome, 16 mai 2010).
Car, comme l'a rappelé l'ancien rédacteur en chef du Matin Semaine, le virulent Peter Rothenbühler, les Eglises chrétiennes disposent d'un potentiel d'images évangéliques inestimables - avec les paraboles de Jésus - et d'un patrimoine qu'elles devraient mieux mettre en valeur. Elles sont trop frileuses dans leurs prises de Parole, ne s'engagent pas assez pour ce qui touche vraiment les gens (licenciements, cirse financière, Fukushima), et elles demeurent trop peu présentes sur les plateaux de radio et de télévision lors des débats de société. Ce qui vaut pour les instances ecclésiales romaines, diocésaines ou paroissiales, vaut pour tout chrétien. La Parole du Christ peut circuler, dans les familles, les discussions, les bistrots, les fins de soirées d'assemblées... si chacun(e) lui prête sa voix. Heureux qui communique: la Révélation grandit avec lui.
Abbé François-Xavier Amherdt, dans Grandir 2 / 2012
