L'été arrive avec ses envies, pour tous, de respirer autrement en prenant quelques temps de vacances. Cela est aussi vrai pour ceux qui travaillent dans les entreprises comme pour ceux qui ont, pendant l'année, un ministère spécifique dans l'Eglise. On sait, ce n'est plus un secret pour personne, que le Pape, de temps en temps, se retire dans sa résidence d'été de Castel Gandolfo pour quelques jours de repos, non seulement en été, mais même en d'autres saisons lorsqu'il en a besoin surtout quand il revient de grands voyages.
Lundi, 18 Juin 2007 / Le repos s'impose donc à tous, car notre corps humain le réclame surtout quand on a beaucoup travaillé et qu'on a accumulé des fatigues. Donc c'est un besoin physique utile et nécessaire. Il n'est pas important seulement physiquement, mais aussi moralement pour bien repartir car, dit- on, il faut toujours bien reculer pour mieux sauter. Ce qui veut dire que tout le monde a besoin de refaire ses forces en vue d'un rendement encore meilleur à la prochaine saison de travail.
Nous savons aussi qu'au delà de la nécessité d'aller en vacances après un temps de travail et de fatigue, la société actuelle et la civilisation des loisirs ont fait tellement de ces vacances une obsession que ceux qui ne peuvent pas aller en vacances s'en trouvent offusqués. Il y a quelques années, la presse racontait l'histoire d'un couple qui n'avait pas de moyens pour aller en vacances, mais qui aurait fermé les volets de l'appartement pendant deux semaines, simplement pour tromper la vigilance et donner l'impression d'être absent, quitte à sortir chaque soir pour se dégourdir un peu les jambes. Justement, quand ils ont réouvert leurs volets, c'était l'occasion de dire aux curieux voisins qu'ils étaient loin en Asie et en Russie pour les vacances alors qu'en réalité ils étaient là. Voilà les souffrances qu'inflige parfois la société à certaines personnes.
Il y a ici deux genres de vacances: d'abord vacances comme synonyme d'aller loin en loisirs, mais vacances aussi comme repos, un repos qu'on peut prendre même chez soi en gardant une petite distance par rapport au travail fait dans l'année.
Nous avons pensé poser la question à la Bible pour savoir ce qu'elle en dit. C'est la méditation de ce numéro de l'angelus qui nous conduit justement à cette période estivale.
En effet le thème du repos est bien présent dans toute la Bible depuis l'ancien testament jusqu'au nouveau. Il y a le repos de l'âme, mais aussi le repos physique. Le repos y est souvent vu comme don de Dieu. Et il devient synonyme du bonheur éternel et salut des hommes voulu par Dieu lui-même.(Is 30,15)
Ancien Testament
La première observation du repos dans cette partie de la Bible revient à Dieu qui, lui-même, se repose le septième jour après le travail de la création (Gn 2,3). Il en fera une obligation aussi pour son peuple qui devra l'imiter. "Le septième jour sera un jour de repos complet…" Ex 31, 15.
Les développements ultérieurs de cette invitation en feront une loi, comme mémorial de la libération d'Israël de la servitude d'Egypte, comme jour de la louange du Seigneur en signe de l'alliance infrangible, mais c'était aussi l'occasion pour l'homme de chômer et de laisser les autres, surtout les pauvres, reprendre souffle. Le sabbat fait cesser les travaux quotidiens et accorde un répit. C'est un jour de protestation contre les servitudes du travail et le culte de l'argent. (Cat. de l'Eglise cath.)
Le Nouveau Testament
Les deux versets les plus connus concernant le repos dans l'Evangile sont les suivants: d'abord: "Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous …et vous trouverez du repos pour vos âmes car mon joug est doux, et mon fardeau léger." Mt 11, 28-30; et le deuxième est celui où jésus, s'adressant à ses disciples, leur dit: "…venez à l'écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu." Mc 6,31.
Le premier texte s'adresse aux auditeurs de Jésus qui sont des gens de conditions modestes, souvent écrasés par le poids du travail quotidien, du mépris de la part des responsables religieux qui font peser sur eux le joug du Talmud ou code de prescriptions impossibles à observer. Jésus les invite à plus de liberté par rapport à tout cela. Le deuxième parle du temps plein de vie communautaire que Jésus passe avec ses disciples qui lui rendent compte de leur expérience pastorale. Oui, vous avez bien travaillé, vous avez droit à un repos mérité, voudrait-il signifier. Il faut interrompre un peu avec l'activisme pour s'écouter soi-même.
Le repos pourrait se définir, selon ces deux textes, pense Michel Bertrand, comme une brèche que Dieu veut ouvrir dans nos vies "suroccupées" (on dit aujourd'hui "surbookées"!). C'est une promesse de liberté qui bouscule nos obligations surchargées. Et se reposer, comprenons-nous bien, ce n'est pas s'évader de la réalité, c'est simplement rompre avec la volonté de tout tenir et tout maîtriser, c'est consentir à reconnaître que l'ultime ne nous appartient pas.
Que ceux qui n'ont pas l'occasion d'aller loin pour le loisir sachent que Jésus invite aujourd'hui à un peu plus de liberté, car le sabbat est fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat…on pourrait dire la même chose de "vacances – loisirs" aussi. Elles sont là pour l'homme, et non l'homme pour elles, surtout si on n'en a pas les moyens. Il vaut mieux jouir de sa liberté que devenir esclave de ce que la société présente et qui n'est souvent que consommation fatigante.
Que cette occasion offerte par Dieu, grand artisan des saisons, comme temps de détente physique, d'éveil de sentiments, d'aspiration pleine de projets ou d'ouverture aux possibles, puisse aider chacun et chacune à se ressourcer autour de lui-même et de ses rencontres, afin que ce repos lui soit profitable à lui, mais aussi à tous les autres qu'on croisera sur les chemins de la vie aujourd'hui et dans l'avenir.
Bon été!
Abbé Dieudonné Mushipu, prêtre et théologien, paroisse catholique de Bienne
