Dans cette période de l'année, où l'hiver s'annonce gentiment, entre le paganisme d'Halloween, la nostalgie et parfois la tristesse de la Toussaint et de la Commémoration des fidèles défunts, qui l'emporte souvent sur la fête, et toutes les festivités, comme celles autour de Saint-Martin, j'ai l'impression qu'on se perd un peu…
Mardi, 18 Octobre 2011 / Je me rappelle la Toussaint de mon enfance et j'ai un souvenir qui m'est resté. On allait, en famille, de Delémont à Courroux, pour la célébration au cimetière en cet après-midi de Toussaint. Sur le pont du Righi (à la sortie de Delémont) on s'était arrêté un moment pour attendre que tout le monde soit là. Le temps était un temps d'hiver: il neigeotait. On ne voyait pas bien loin avec les bourrasques de vent. Il faisait froid. On avait ressorti les affaires d'hiver. On allait retrouver la famille autour des tombes. J'étais content d'être en famille, mais l'ambiance était nostalgique, même si la journée, après la célébration au cimetière, se terminait par des quatre-heures partagées dans la joie des échanges et le plaisir de se retrouver.
On faisait mémoire de nos proches défunts…
La Toussaint est devenue, pour beaucoup, la fête des morts et laisse plus d'un(e) dans la tristesse et la mélancolie. La Toussaint pourtant n'est pas la fête des morts, c'est la fête de tous les saints, littéralement de tous les baptisés. Et ces jours-là, c'est la question de la résurrection qui me travaille. Il me semble que peu de monde se soucie de cette réalité, particulièrement ces jours-là. C'est plus le côté obscur, occulte et superstitieux de la mort quia le dessus, comme avec Halloween. On n'entend pas beaucoup parler de résurrection, même si les tombes nous rappellent l'espérance en la résurrection. Mais c'est comme si on n'avait pas le temps de s'en occuper. C'est comme secondaire, il y a des choses plus importantes. C'est peut-être la saison qui fait ça, l'automne qui s'avance, les arbres qui se dénudent, les feuilles mortes… J'ai l'impression qu'on s'endort en même temps que la nature se met en hivernage… Les forêts deviennent grises… Ce message de la résurrection n'est pas d'actualité, dirait-on. Ce n'est pas maintenant qu'il faut poser la question. Cela correspond davantage au printemps, quand la vie reprend. Et pourtant, c'est une réalité de tous les jours, puisque nous sommes établis dans la vie, puisque notre Dieu est le Dieu des Vivants.
Mais la question est comment actualiser cette certitude, comment l'exprimer dans le présent, dans notre quotidien, comment en vivre, consciemment. Peut-être avez-vous quelques idées… On dirait qu'il y a un frein à cette vie qui vient de Dieu. Comme si la route avait été déviée et qu'on ne peut pas aller où on veut. Comme si on ne pouvait pas profiter de cette réalité-là parce que d'autre réalité ont pris sa place. Il y a des tas de choses dont on doit profiter, mais pas de celle-là. C'est comme s'il fallait revendiquer le droit à la résurrection. De fait, il faut peut-être commencer par là: vouloir ressusciter. C'est la Vie qui a la priorité. Nous sommes d'abord des vivants, établis dans la vie. C'est ça qui est important. Une fois que cela est établi, le reste coule de source et tout redevient logique et la torpeur disparait. Il me semble qu'il faut davantage affirmer cette réalité-là: notre Dieu est le Dieu des Vivants et nous en sommes.
Abbé Nicolas Bessire
