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Récollection du Mouvement Chrétien des Retraités avec l'abbé Marc Donzé

La récollection du Mouvement Chrétien des Retraités (MCR) s'est déroulée à Bienne, au centre paroissial de St-Nicolas, le 26 octobre dernier, en présence de l'abbé Marc Donzé. Devant 75 membres du MCR, le vicaire épiscopal du diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg a présenté le thème: "Dieu veut l'homme debout". Une rencontre riche et intense qui a fait la joie de tous.

L'abbé Marc Donzé et la présidente de la section jurassienne du MCR, Marie-Rose Laville / Chr. Elmer
L'abbé Marc Donzé et la présidente de la section jurassienne du MCR, Marie-Rose Laville / Chr. Elmer

Mardi, 01 Novembre 2011 / L'accueil. Une notion fondamentale au cœur de cette journée. A commencer par l'accueil réservé aux membres du MCR venus prendre part à cette récollection. "Quelle joie de nous réunir à Bienne pour la première fois et quelle émotion devant votre accueil!" s'est exclamé d'emblée Marie-Rose Laville, présidente de la section jurassienne du MCR. Une présidente qui a demandé à l'abbé Donzé s'il serait d'accord d'animer la récollection de Bienne. Répondant à l'appel, l'abbé Marc Donzé a quitté Fribourg et est venu réjouir l'assemblée de sa présence. Son discours clair, accessible, ponctué d'exemples et d'anecdotes, a tenu en haleine les participant(e)s les faisant même rire et sourire à plusieurs reprises.
L'abbé Donzé s'est dit inspiré par la spiritualité du théologien catholique suisse Maurice Zundel (1897-1975), né à Neuchâtel et mort à Ouchy, dont les restes reposent depuis peu dans la Basilique Notre-Dame de Neuchâtel (l'église rouge). Zundel affirmait sa foi en l'homme sans laquelle il ne peut y avoir de réelle foi en Dieu. "On ne peut rencontrer le vrai Dieu (…) si l'on ne devient l'espace où tout homme se sent accueilli, en respirant la présence de Dieu à travers la nôtre. Car, dans notre histoire, ces deux présences sont indissociables." Comme Zundel, l'abbé Donzé s'attache à cette vision de l'homme, que Dieu aime et veut debout. Une position toute intérieure, bien sûr, puisqu'on peut être debout spirituellement, en éveil, en accueil, les bras ouverts, même si l'on est grabataire. Cette image de l'homme – ou de la femme – debout est à mettre en lien avec la résurrection qu'on porte en soi. "Voilà pourquoi je préfère parler en ces termes plutôt que d'évoquer la pastorale de l'engendrement. Cela me semble plus explicite" a expliqué l'animateur de la récollection. "Le premier qui croit en l'homme, c'est Dieu Lui-même. Et moi, si je crois en l'homme à mon tour, je me coule alors dans la confiance que Dieu a mise en chacun de nous."

Faire une avance de confiance
Des énergies de Dieu sont en nous. Impérissables. Plus fortes que l'inhumanité. L'exemple de ce vieux prêtre réchappé d'un camp de la mort, brisé, presque annihilé. Puis, peu à peu, revenu à la lumière après avoir - en tout bien tout honneur – enlacé une femme qui avait, elle aussi, connu l'horreur. Au cœur de cette étreinte, il a senti l'humanité. Celle qui nous pétrit tous de la pâte du Père. "Un simple geste peut nous remettre sur pied. Il faut faire une avance de confiance!" Et de citer l'exemple d'Oscar Wilde, hué par la foule alors qu'on le menait en cortège jusqu'à la prison, et que le lever de chapeau respectueux d'un seul homme, au cœur de la mêlée, a remis debout. Invitation à ne pas considérer uniquement l'homme à travers sa faute. Et Marc Donzé a alors esquissé le portrait de Tim Guénard, né en 1958. Le parcours saisissant d'un être qui a pris la mauvaise pente. Un voyou. Mais qui fit pourtant un apprentissage de tailleur de pierres. Même si ce fut dur. Car une assistante sociale l'avait encouragé, lui avait fait une… avance de confiance! Et l'Esprit Saint continuait son œuvre et suggérait à Tim qu'il avait "peut-être faim de choses inconnues". Un jour, Tim Guénard fut invité à aller visiter l'une des Communautés de l'Arche, fondées par Jean Vanier, regroupant des personnes handicapées mentales. A l'entrée, un jeune handicapé lui dit: "T'es gentil, toi!" Une phrase toute simple, sans prétention, qui a pourtant bousculé Tim. L'a complètement bouleversé. Et redressé. "C'est cela, croire en l'homme!"

"Elargis l'espace de ta tente" (Esaïe 54,2)
Ne pas respecter l'homme, c'est ne pas respecter Dieu. Au nom d'un soi-disant Dieu, on assassine, on commet le pire. "Or, rappelle l'abbé Donzé, que fait Jésus devant la femme adultère? N'est-ce pas aussi au nom d'une certaine conception de Dieu qu'on a condamné Jésus sur la croix? Si l'on croit à la grandeur de l'homme, on va découvrir Dieu. Nous sommes une religion de l'incarnation. Dieu s'est donné à travers Jésus, à travers St-François d'Assise, à travers Tim Guénard, à travers vous, moi, chacun de nous. Nous sommes tous une transparence de Dieu." Pour illustrer ses dires, l'abbé Donzé a évoqué la figure du "Papa Buono", le bon pape Jean XXIII. Quelque chose de lui respirait la présence de Dieu. S'ouvrir, accueillir, faire une avance de confiance, c'est accepter d'être vulnérables. Et accepter de prendre des risques. Et de citer le cas de ce grand philosophe qui avait une fille handicapée mentale et qui affirmait: "Je tenais ma fille entre mes bras comme une hostie vivante". A travers la fragilité de cette enfant, cet homme faisait la découverte du Dieu d'Amour.

Croire en nous-mêmes
Maurice Zundel a écrit que l'humanité est une vocation. Une conviction que partage Marc Donzé. "Dans le texte de la création de l'homme et de la femme, on voit que nous sommes faits à l'image de Dieu, mais pas à sa ressemblance. Et toute notre aventure humaine consistera à ressembler à cette image de Dieu déposée en nous. Si Dieu nous avait faits tout finis, ça serait une horreur!" L'abbé Donzé a expliqué que devenir un homme debout, c'est passer du "moi préfabriqué" au "moi originel". Un retour aux sources, à ce que l'on est vraiment, dans notre unicité, à ce vers quoi l'on est appelé, depuis le début. Notre but est donc d'être en chemin. Un voyage pas facile, souvent en terrains accidentés. Tel le voyage d'Abraham, invité à quitter sa terre marécageuse (Genèse 11,27-12,4). Saint François d'Assise, lui aussi, a poursuivi sa route entre joies et doutes. Au terme de sa traversée du désert, il a recouvré la sérénité, fort de cette conviction qu'il était un homme aimé de Dieu. (Lire l'ouvrage d'Eloi Leclerc "La sagesse d'un pauvre"). Le Seigneur est toujours avec nous et ne cesse de nous bénir. Notre vocation est de contribuer à ce que les hommes et les femmes deviennent des êtres debout.

S'émerveiller
Selon Maurice Zundel, la capacité à s'émerveiller est la première vertu chrétienne. "S'émerveiller, c'est ouvrir son cœur à un plus de vie et d'amour" sourit Marc Donzé qui enchaîne aussitôt sur l'expérience du Père Paul Baudiquey, spécialiste de Rembrandt, mort le 21 juillet de cette année. Ayant sombré dans l'alcoolisme et la dépression, le Père Baudiquey rencontra le fameux tableau de Rembrandt, "Le retour de l'enfant prodigue". Le terme de "rencontre" n'est ici pas trop fort: ce fut, pour Paul Baudiquey, une révélation. Il fut plongé dans un état de grâce et d'émerveillement qui le fit étudier cette œuvre dans ses moindres détails. Etre jeune est donc avant tout lié à un état d'esprit. C'est avoir le cœur qui accueille la lumière. "La jeunesse est en avant de nous, à condition de savoir s'émerveiller", disait Zundel. S'émerveiller, oui. Pour y gagner en humanité et en liberté. Car, pour le Père Baudiquey, "la liberté, c'est quand je peux envisager les autres et non les dévisager". Le comble de la liberté, c'est se mettre au service les uns des autres.

Le Saint Esprit nous appelle
Il nous insuffle des inspirations de Lumière. Laissons-nous mener par L'Esprit Saint! Emerveillons-nous devant le génie du christianisme, cette religion de la vie et du pardon au sein de laquelle personne n'est jamais irrémédiablement perdu. "Voilà pourquoi je suis personnellement contre la peine de mort", a ajouté l'abbé Donzé. "Dieu nous relève, nous pardonne, même si l'on est tombé très bas. Mais pardonner, pour nous, c'est un processus et c'est ardu. Cependant, si vous ne pardonnez pas par générosité d'âme, faites-le par égoïsme car la rancœur et la haine sont un vinaigre qui vous rendra malade!" (Lire à ce propos l'ouvrage de Jean Monbourquette "Comment pardonner?")
Grandir en humanité et donc en spiritualité. Accueillir cet autre, invité à se déployer pour que, moi aussi, je grandisse avec lui. Cheminer en tous terrains. Prompts à l'émerveillement. Debout, pleinement confiants en son Amour. Et se laisser interpeller par les clins d'œil de l'Esprit. Que de joie en tout cela! Une Joie inhérente en nous, tapie au cœur même de nos ténèbres. Qui ne demande qu'à être réveillée.
Pour raviver en nous la résurrection.

Christiane Elmer