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De l'esclavage de l'alcool.... à l'ivresse de l'amour

C'est à l'initiative du groupe des Pèlerins de l'Eau Vive du Jura, que Bernard Dayer est venu de son Valais natal pour témoigner - au Centre l'Avenir à Delémont - de son combat contre l'alcool, une addiction qui, durant vingt ans, l'a éloigné des siens et a failli lui coûter la vie. Sobre depuis seize ans, il s'attache aujourd'hui à aider ceux qui sont victimes de ce fléau qu'est l'alcoolisme.

Bernard Dayer, rescapé de l'alcoolisme, a témoigné de son parcours / Photo sic / PT
Bernard Dayer, rescapé de l'alcoolisme, a témoigné de son parcours / Photo sic / PT

Mercredi, 21 Décembre 2011 / "Bernard Dayer est un pur Valaisan et c'est une chance pour nous de pouvoir l'entendre raconter son parcours peu banal". C'est par ces quelques mots que Gérald Friche, membre du groupe des Pèlerins de l'Eau Vive du Jura, a présenté celui qui, depuis trois ans, est devenu son ami. Avant d'entamer son récit, Bernard Dayer a tenu à préciser qu'il ne donnait pas une conférence, mais qu'il livrait un témoignage: "C'est ma vie, mon vécu et mes expériences que je raconte. Ce ne sont pas des histoires, mais bien la réalité". L'orateur rappelle que l'alcoolisme est une maladie incurable qui détruit tout autour de celui ou celle qui est atteint par ce fléau, à commencer par lui, sa famille, son milieu professionnel et toutes ses relations. "Je suis né il y a 57 ans à Mâche, un petit village de la commune d'Hérémence. J'ai quatre frères et une sœur. Mon père est mort à 46 ans, lui aussi malade de la soif..." Lentement, Bernard Dayer raconte cette enfance difficile dans une famille presque sans ressource (à l'époque, son père amputé des deux jambes et des cinq doigts d'une main ne touchait qu'une petite rente). "Ma mère est morte d'un cancer à 67 ans. J'étais tellement pris par l'alcool que je n'ai pas été la voir à l'hôpital et que je n'ai pas pu l'accompagner à sa dernière demeure". Jusqu'à dix litres de vin par jour A l'entendre, l'alcool a été pour lui vingt ans de galère et d'esclavage. "A 14 ans, afin de gagner un peu d'argent, je suis allé garder les vaches à l'alpage. C'est là que j'ai commencé à boire des "cafés schnaps" avec les anciens." L'engrenage se poursuit lorsqu'il devient manœuvre sur des chantiers et qu'il boit de l'alcool dès le matin. "A trente ans, il m'arrivait de boire jusqu'à dix litres de vin par jour. Des fois je me réveillais pendant la nuit pour prendre un verre". Hospitalisé à plusieurs reprises, malade du cœur, "il avait doublé de volume", c'est l'accident: Bernard Dayer sombre dans un coma qui durera deux mois. Sa convalescence, il l'a passée dans un home pour personnes âgées. Mis sous la tutelle de son frère, il suit des thérapies, fait deux séjours en milieu psychiatrique "c'était l'enfer" et passe même six mois en prison (où il tentera de mettre fin à ses jours à deux reprises)... en vain. Les rechutes se succèdent. Suivant les conseils de l'aumônier de la prison, Bernard Dayer rejoint la Communauté des Béatitudes, à Venthône, en Valais. "Au début, je travaillais à la ferme, mais il m'arrivait de déployer toute une stratégie pour aller boire à l'extérieur des murs ou faire entrer des bouteilles." L'un des éléments déclencheurs qui va permettre à Bernard Dayer d'être libéré de l'alcool est un chien: "Shalom était le Saint-Bernard de la communauté et le jour où il a pris la bouteille que j'avais cachée dans le parc, je suis allé voir l'un des frères pour lui demander de m'aider, sinon je buvais jusqu'à en mourir. Quand il m'a dit qu'ils allaient prier pour moi aux vêpres, je n'y ai pas cru. Je n'étais pas pratiquant et je ne croyais plus à rien. Pourtant, dès le lendemain matin, j'étais complètement dégoûté de l'alcool. Et cela fait maintenant seize ans que je suis abstinent."

Moment d'émotion
"La première chose à soigner, c'est l'âme. Et ce n'est pas la religion qui sauve, c'est la foi". Libéré de ce fléau, Bernard Dayer réside toujours à la Communauté des Béatitudes, à Venthône où il effectue différents travaux d'entretien. "Au printemps prochain, j'aurai l'immense joie de poser la première pierre d'une nouvelle ferme destinée à accueillir des jeunes en difficulté". Gérald Friche reprend le micro pour remercier son ami Bernard Dayer; la voix empreinte d'émotion, il regarde l'assistance droit dans les yeux: "Sans lui je ne serais peut-être pas ici ce soir. Ça fait bientôt deux ans que je peux lui dire merci tous les jours. C'est Bernard qui m'a ouvert la bonne porte. Derrière celle-ci, il y avait mon épouse Fabienne, mes enfants, mon médecin, deux prêtres et des amis. Mais celui qui tenait la lumière dans cette pièce, c'est notre Seigneur. Ça fait du bien de le dire." 

Pascal Tissier (SIC)