Sr My-Lan Michaela Nguyen, de la Congrégation des Sœurs de St-Paul de Chartres, prononcera ses vœux perpétuels dimanche 26 mai, Solennité de la Sainte Trinité, lors de la messe de 10.00 en l'église St-Pierre de Porrentruy. Agée de 34 ans, née à Genève d'un père vietnamien et d'une mère suisse alémanique, Sr My-Lan a fait son noviciat à Bienne de 2006 à 2008.

Lundi, 29 Avril 2013 / Sr My-Lan, vous avez grandi dans un milieu plutôt bouddhiste, vos parents soutenaient à Saïgon un orphelinat pour enfants handicapés, tenu par des Sœurs de St-Paul de Chartres... Ce fut le déclic de votre vocation religieuse?
Ce n'est pas une circonstance ou un accident de parcours qui a fait que je me suis engagée à suivre le Christ. Je comprends ce déclic avant tout dans une attitude intérieure, une disponibilité au changement et cela a été rendu possible par plusieurs facteurs. Entre autres par l'histoire de ma famille, par mon histoire spirituelle avec le bouddhisme. Le déclic, comme on peut le lire dans l'Evangile, c'était finalement...le moment favorable.
Le 26 mai 2013, vous prononcerez vos vœux perpétuels. De quoi s'agit-il? Lorsqu'on parle de vœux, on évoque les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Et pourquoi "perpétuels"? Cela peut sonner un peu comme un glas! On pense à la perpétuité plutôt négativement. En fait, cela veut dire un engagement sans limite de temps et rejoint un peu ce que peuvent vivre des personnes qui s'engagent l'une envers l'autre par le mariage, dans la mesure où c'est un engagement de tout l'être, sans durée limitée, qui doit être fait librement, avec lucidité et espérance. Un engagement qui m'invite à reconnaître mes propres limites, celles du monde qui m'entoure, et à faire pourtant le choix d'un engagement à vie; ce qui est assez marginal dans le monde d'aujourd'hui.
Pourquoi?
Parce que c'est porter un regard avant tout d'espérance sur l'avenir et sur le temps qui va s'écouler. Pour en revenir à la vie religieuse, je pense que c'est pour ça qu'il est possible d'envisager un engagement perpétuel sans que ce soit quelque chose de rébarbatif. Parce que c'est un regard imprégné d'espérance et d'amour, d'amour lucide. Un peu comme le regard du Christ, émerveillé, lucide et pourtant espérant.
Vous avez été baptisée le 8 septembre 1999 au Vietnam, jour où l'on fête la Nativité de Marie. Le 8 septembre 2005, vous entriez au Postulat à Porrentruy, dans la Congrégation des Sœurs de St-Paul de Chartres. Puis vous avez fait votre noviciat dans la Communauté de Bienne, de 2006 à 2008, et avez prononcé vos premiers vœux à St-Nicolas le 31 mai 2008. C'est un sacré parcours... et un parcours sacré!
C'est ça. C'est un poète français, Patrice de la Tour du Pin, qui a écrit "Tout homme est une histoire sacrée". Alors oui, c'est un sacré parcours, parce que c'est un chemin de vie qui est rendu sacré par la présence de Dieu, que je relis à chaque étape de ma vie. On est tous conscients que les chemins sont plus ou moins tordus, plus ou moins droits ou aplanis. Cependant, ce qui est important, ce ne sont pas les embûches qu'il peut y avoir en cours de route, mais c'est le fait de cheminer. C'est dans ce sens-là que c'est un parcours, une terre qu'il faut fouler pour avancer. Et on n'avance jamais seul. J'avance avec Dieu et avec des sœurs en communauté qui m'aident à progresser et sont là pour m'encourager. Je suis passionnée par tous les possibles qui sont dans les cœurs des gens. Dommage qu'on oublie souvent de s'en émerveiller.
On se réjouit de voir que la vie consacrée n'est pas en voie de disparition! Qu'est-ce qui peut motiver une jeune femme comme vous, en 2013, à devenir religieuse?
Mes proches, mes parents, mon frère ou ma sœur, vous diront que je suis quelqu'un de l'absolu. C'est sans doute ce qui me motive et me séduit dans le choix de la vie religieuse. C'est la quête d'absolu qui en moi aspire à pour pouvoir être vécue en plénitude. C'est l'amour de l'absolu qui nourrit mon désir de répondre au Christ dans la vie religieuse. Il y a vraiment là, pour moi, un chemin de libération. Je tiens à préciser que ce " sacré parcours " dont nous parlions tout à l'heure ne s'arrêtera pas le 26 mai prochain. C'est une nouvelle étape vers d'autres possibles.
Que fait une religieuse, outre le fait de se consacrer à la vie spirituelle?
Elle travaille! Je le fais dans une école secondaire (ndlr: école St-Paul de Porrentruy) où j'enseigne l'informatique. Les élèves sont souvent habiles dans le maniement des outils mais moins lorsqu'il s'agit de les utiliser dans une perspective d'apprentissage. Cela me permet d'aller à la rencontre de ces jeunes filles et de les rejoindre en essayant de transmettre les valeurs qui pour moi sont essentielles. C'est l'occasion de réfléchir au droit de l'image, à la fiabilité de l'information, à la façon de se situer par rapport aux médias et aux " nouvelles " technologies.
Vous êtes une religieuse qui n'est pas confinée dans ses murs mais qui est en relation avec le monde d'aujourd'hui!
Tous les religieux, même ceux qui demeurent dans un monastère, sont en lien avec le monde! Ils ont en eux ce désir de communion avec tous les hommes et les femmes, au-delà des cultures, de la religion, de la provenance ethnique ou de l'âge. Une aspiration profonde à vivre en relation avec les autres sous le regard de Dieu. Nous vivons les mêmes défis face à la solitude, la souffrance, les difficultés à vivre ensemble, la quête du bonheur...c'est pour cela, je crois, que nous sommes des hommes et des femmes d'actualité et que nous ne sommes pas à conjuguer au passé ou un chapitre clos des livres d'histoire.
Propos recueillis par Christiane Elmer

Jeff Roux, jeune marié de 29 ans, viticulteur, est aujourd'hui engagé en Eglise comme animateur pastoral. Il a rencontré Dieu durant ses études de géographie et d'économie politique, lors d'un camp de silence. Auteur du livre "Jésus, mon ami, mes emmerdes", paru aux Editions St-Augustin en 2012, celui qui œuvre aujourd'hui pour les vignes du Seigneur nous livre un témoignage poignant de vérité et nous convie à une belle histoire d'amour.

Lundi, 22 Avril 2013 / Jeff Roux, à un moment donné de votre vie, tout a basculé, quel a été le déclic?
Pour moi, ça a été plutôt un chemin. D'abord j'étais à l'Université à Fribourg et j'étais plutôt athée. Un jour, je me suis rendu compte que j'avais tout, mais que j'étais triste, qu'il me manquait quelque chose au fond de moi. J'ai alors décidé de partir en quête du sens profond de la vie. Pour me mettre à l'écoute, j'ai opté pour un camp de silence. Cela a été la première grande étape du processus. Là, je suis d'une certaine manière sorti de moi-même et j'ai pu vivre une expérience très forte de l'amour de Dieu en moi. J'ai senti que Dieu nous aime et cela a changé ma vie. Cependant, après ce camp de silence, j'ai dû livrer un combat entre ma tête, qui refusait d'aimer Jésus, et mon cœur. Cette lutte a duré quelque temps et j'ai même entrepris une sorte d'enquête pour voir si Jésus était un imposteur ou non. Je me suis mis à lire les Evangiles pour savoir ce que Jésus voulait nous dire, mais c'était toujours dans l'optique de déceler une faille, un problème, pour pouvoir le rayer de mon cœur. En lisant, je me disais que ce qu'il y avait là, c'était précisément ce que j'avais envie de dire aux autres à mon tour. Puis, petit à petit, je me suis rendu compte que j'avais besoin de quelqu'un de plus grand dans ma vie. Si ma tête ne voulait pas croire en Jésus, c'est parce qu'elle voulait être forte toute seule! J'ai ainsi appris à lâcher prise. Et j'y suis parvenu voici deux ans, lors d'une montée vers Pâques. J'ai découvert que ce n'était pas honteux d'avoir besoin d'un être plus grand que soi. Cela m'a complètement libéré et, depuis ce jour, je me suis mis à suivre Jésus.
Pourrait-on dire que vous êtes un homme nouveau?
Oui, on peut dire ça. Faire l'expérience de cet amour plus grand, ça m'a ouvert les yeux sur l'homme, sur la dignité qui se cache en nous et ça a changé mon regard sur la vie. Je fais toujours les mêmes choses qu'avant, mais avec une joie et un amour qui n'existaient pas avant dans mon cœur. Cela a transformé mon quotidien.
Et cela a même transformé votre vie professionnelle puisque vous avez changé d'orientation...
Oui, j'ai commencé des études d'animateur pastoral pour travailler en Eglise. J'étudie à l'Institut Romand de Formation aux Ministères (IFM), à Fribourg, à 50%.
Votre livre "Jésus, mon ami, mes emmerdes" se veut le témoignage d'une rencontre. S'agit-il uniquement d'une rencontre avec le Christ?
Tout d'abord ça a été une rencontre avec moi-même, avec mes limites, la prison de mon cœur, de ma tête, avec toutes les blessures que je gardais enfouies en moi. Et puis, quand j'ai pu dépasser ces limites, j'ai fait la rencontre de Jésus. Cela a changé ma vie et m'a permis de véritablement réaliser la rencontre des personnes qui m'entouraient. Je suis allé travailler à Calcutta, avec les Missionnaires de la Charité et là, j'ai pu rencontrer les pauvres. C'est même à travers l'un de ces pauvres, un mourant alité, que j'ai senti le regard et l'amour du Christ. (Voir extrait ci-dessous)
"Je m'assieds sur le bord du lit et prends la main de l'homme. Il n'a plus que la peau sur les os. Il doit faire trente kilos à tout casser. Il n'en a plus pour long. Je lui caresse le front et le regarde droit dans les yeux. Il me regarde aussi. Presque pour la première fois. Nos regards ne se quittent plus. Ses yeux deviennent de plus en plus brillants. Une lumière jaillit de lui et me pénètre jusqu'au cœur. Je suis bouleversé. Quelque chose d'incroyable se passe en moi. Pendant un instant, le temps s'arrête. Par son regard, il vient de me rendre toute ma dignité d'homme. Ma vie prend soudainement tout son sens. Je ne me suis jamais senti aussi vivant qu'à travers ce regard." (Début de "Jésus, mon ami, mes emmerdes")
Croire en Dieu, c'est croire en l'homme?
Oui. C'est croire que dans l'homme, il y a un mystère qui dépasse l'homme. Et ce mystère est justement l'amour de Dieu. Il est là; il suffit d'ouvrir nos mains et de le laisser vivre à travers nous. C'est la Résurrection. Une fois qu'on s'ouvre à ce mystère de la vie et qu'on se laisse aimer par Dieu, on vit différemment, on est heureux.
Peut-on tous faire cette rencontre?
Tout le monde peut faire la rencontre de Dieu. Je pense d'ailleurs que c'est pour ça qu'on est né. Pour faire la connaissance de Dieu à travers ceux qui nous entourent, à travers nos faiblesses. Et puis, pour faire une telle expérience de Dieu, je crois qu'il faut libérer de la place en nous. Ne pas avoir peur de lui parler, de lui dire ce qu'on pense, de l'appeler et même de crier: "Viens maintenant, fais quelque chose, je veux te connaître!" Chacun de nous a un chemin qui lui est propre et tous sont merveilleux.
Vous avez fait un camp de silence. Vous évoquez la nécessité de faire le vide. Faut-il obligatoirement passer par le silence?
Non. Avec le Christ, avec Dieu, il n'y aucune obligation. Dieu est liberté. Il sait nous rejoindre par des chemins incroyables. Pour moi, c'était le chemin du silence; pour d'autres ce sera le chemin de la charité, de la prière ou encore de la nature. Tous les chemins peuvent mener à Dieu. A chacun de découvrir le sien.
Propos recueillis par Christiane Elmer
