Services interparoissiaux (SIP)

Services interparoissiaux
Méditation zen-chrétienne

Le 26 janvier 2013, j'ai pris part à un groupe de méditation zen-chrétienne, la Via Integralis, au Centre St-François de Delémont, sous la houlette de Yves Saillen. Ces cours de méditation attirent toujours plus de participants. Pourquoi? Récit d'un témoignage et d'une rencontre.

Mardi, 14 Mai 2013 / Curieux, n'est-ce pas, de s'inscrire à une journée de méditation lorsque, comme moi, on a plutôt la bougeotte, qu'on aime parler et qu'on a le cerveau toujours en ébullition. En effet, d'après les consignes, il s'agit de ne pas bouger, ne pas parler et ne pas penser durant les séquences de méditation de vingt-cinq minutes chacune. Ne pas remuer, ou le moins possible, ce n'est pas évident. Ne pas souffler mot, très facile. Mais essayer de ne pas penser! Les pensées, parfois les plus saugrenues, m'assaillent comme un essaim d'abeilles. Et il me faut les laisser advenir, les accueillir sans m'y accrocher. Et les laisser passer. C'est ce que nous a dit le prof. Dans mon groupe, outre le prof que j'appellerai plutôt l'animateur ou le maître de méditation zen-chrétienne, il y a deux hommes et quatre femmes. Ils ont de l'expérience, contrairement à moi pour qui c'est une première. Tout se déroule dans le silence, y compris le repas de midi partagé. Il n'y a qu'à la fin de la journée que le groupe échange sur ce qui a été vécu. Des moments-cadeaux pour chacune et chacun.

Installés par terre, un petit banc ou un coussin rond placé au creux des genoux, nous sommes en cercle, face au mur blanc. Le dos droit, les deux mains se rejoignant devant nous, pouce contre pouce. Chaque séquence de méditation de vingt-cinq minutes est entrecoupée d'une courte marche, lente et silencieuse. On s'incline, un cliquetis se fait entendre, puis un gong... Nous nous initions au rituel ponctuant le début et la fin d'un temps de méditation. Sans entrer dans les détails de cette journée (c'est le genre d'expérience qu'il faut vivre soi-même pour être en mesure d'en parler), j'ai envie de vous en livrer l'essentiel. Au fil des séquences de méditation surgissent des moments plus difficiles. "Comme quand on fait un sport" a averti d'emblée le maître, Yves Saillen. La notion de temps est variable. Parfois, ces 25 minutes passent très vite. D'autres fois, l'élastique temporel semble s'étirer à l'extrême.

On est conscient qu'on n'est pas seul à l'intérieur de soi, qu'on habite pleinement son corps. Je me sens recentrée, réunifiée et, paradoxalement, comme "dilatée", ouverte aux autres et toute abandonnée à Dieu. Méditer, cela crée un espace de lumière à l'intérieur. Même dans le silence, même sans regarder les autres membres du groupe, on a la sensation d'être relié à eux. Parfois, des tensions, des crispations, des douleurs dans les épaules ou dans le dos nous rappellent à notre corps. Cela arrive surtout au début, lorsqu'on n'a pas l'habitude de la posture. "L'inconfort des douleurs nous révèle quelque chose de nous" a prévenu le maître. Et puis, stupéfaction, moi qui m'attendais à avoir froid, à grelotter même, vu l'immobilité, je me surprends à avoir chaud, à me sentir incroyablement vivante et moulée dans l'instant. Un état tout à la fois d'abandon et de maîtrise. Entre vide et plénitude. Presque extatique...
Puis émergent des pensées, chassées mentalement d'un revers de main. On oscille constamment au cœur d'un équilibre à trouver, à maintenir, à rectifier. Au terme de cette journée de méditation Via Integralis, je me sens reposée et débordante d'énergie. Une expérience, c'est sûr, à renouveler. D'ailleurs, mon coussin rond m'attend.

Formé par un jésuite maître zen, Yves Saillen est le père de trois fils et le grand-père de deux petites-filles. Il travaille dans le domaine social et a une longue expérience de la méditation. Il s'est intéressé aux mystiques chrétiens, au soufisme, au bouddhisme, à l'hindouisme, mais a surtout approfondi le zen. Le jésuite et maître zen formé au Japon Niklaus Brantschen l'a instruit et, des années durant, Yves Saillen a médité avec lui. "La méditation zen-chrétienne est quelque chose de relativement nouveau en Europe et aux Etats-Unis puisqu'elle s'est répandue après la 2e guerre mondiale. En tant que chrétiens, on peut la pratiquer sans qu'il y ait de conflit fondamental. Moi-même, je n'ai pas renié le fait d'être chrétien ou catholique", explique Yves Saillen.
La méditation ne se résume pas à une technique. On parle plutôt de voies, telles les fleurs d'un même bouquet. "Chacune d'entre elles contribue à la beauté du tout. La méditation est toujours à considérer en étroite relation avec un cadre culturel et une religion. Il y a de nombreuses écoles et, bien sûr, des différences dans la pratique. Au Japon, le zen Soto et le zen Rinzai sont les deux principales écoles". Pour Yves Saillen, la méditation est une voie de l'expérience qui permet d'être plus présent à qui nous sommes vraiment et davantage présents au monde. " La pratique régulière de la méditation zen-chrétienne m'a ouvert et m'a permis de me transformer d'une manière qui m'a étonné moi-même!" sourit-il. Idéalement, il serait bien de méditer tous les jours. "C'est une école de vie, reprend Yves Saillen. Quelque chose qui demande à s'intégrer dans le quotidien et permet d'augmenter la qualité de vie. On est plus conscient de ce qu'on vit, moins dispersé, plus clairvoyant, plus présent. On découvre son intériorité, on s'ancre dans l'essentiel, tout en gardant les pieds sur terre."

La pratique de la Via Integralis est accessible à tout le monde, avec quelques réserves pour des sessions prolongées (week-ends ou plusieurs jours d'affilée) si l'on est psychiquement peu stable ou très jeune. "La méditation zen-chrétienne est une voie spirituelle qui va directement à l'essentiel. Au cœur de nos sociétés bien organisées, on a délaissé l'intériorité. Méditer, comme prier, c'est s'engager sur un chemin vers Dieu et vers soi."

Christiane Elmer

Prochaines rencontres de méditation zen-chrétienne

En soirée, ouvert à tout le monde (débutants et expérimentés)
Centre St-François, Delémont: 20 juin et 4 juillet 2013.
Les Sources, Porrentruy: 27 mai, 10 et 14 juin, 26 août, de 20.00 à 22.00. Espace du Dôme, Fbg de l'Hôpital 31, Neuchâtel: 4 juin 2013 à 20.00.

Le samedi, ouvert à tout le monde (débutants et expérimentés)
Centre St-François, Delémont: 8 juin et 14 septembre 2013, de 10.00 à 17.15.

Le week-end, pour personnes qui ont déjà pratiqué (approfondissement)
Centre St-François, Delémont: 25 et 26 mai, 31 août-1er septembre 2013, du samedi 10.00 au dimanche 14.00.

Session pour personnes qui ont déjà une certaine expérience et ont déjà pris part à un week-end
Centre de Notre Dame de la Route, Villars-sur-Glâne: du 29 juin au 3 juillet 2013.

Informations: Yves Saillen, tél. 031 869 34 49
saillen-jordi(at)bluewin.ch

Services interparoissiaux
Service social: Le sens de l'autre

Depuis décembre 2011, Charlotte Krebs travaille à la Rue de Morat 48 comme assistante sociale de la paroisse de Bienne, du côté francophone. Rencontre avec une femme engagée.

Charlotte Krebs du Service social / Christiane Elmer
Charlotte Krebs du Service social / Christiane Elmer

Lundi, 29 Avril 2013 / Quelles qualités faut-il pour être assistant social?
Il faut avoir de l'empathie, le sens de l'écoute, ne pas être jugeant et avoir réellement de l'intérêt pour autrui.

Qu'est-ce qui vous a motivée à venir travailler au sein du Service social de l'Eglise catholique?
L'Eglise est garante de valeurs et continue de mettre l'humain au centre. Cela me rejoint bien. La pression économique est forte et les services sociaux sont appelés à gérer toujours davantage avec de moins en moins de moyens à disposition. Ils sont en quelque sorte des "gestionnaires" de la pauvreté. En travaillant ici, je suis confrontée à des gens qui échappent aux critères qui leur permettraient de bénéficier de l'aide sociale de l'Etat.

En quoi consiste votre travail?
Le Service social de l'Eglise est un complément des Services sociaux de la Ville qui aide les gens à faire valoir leurs droits. Notre rôle consiste à mettre à la disposition des clients la combinaison de certains savoirs (connaissance des assurances sociales, travaux administratifs...). A les informer, les orienter dans leurs démarches, les soutenir à un moment difficile de leur vie et défendre leurs droits. L'aide sociale fixe un cadre et des critères bien précis. Si je prends l'image du moule, je dirais que notre rôle consiste à montrer aux gens dans quel moule ils sont invités à s'insérer et de quelle manière ils pourront y parvenir.

Beaucoup de connaissances techniques, administratives, juridiques...
Oui, mais avec l'expérience de vie personnelle. Après ma formation, durant dix ans, je me suis engagée au sein de projets à buts non lucratifs et suis partie un an au Nicaragua. Ce fut pour moi une expérience formatrice et révélatrice car j'ai pu vivre par moi-même ce que la perte de repères veut dire, tout comme la nécessité de devoir s'adapter ou encore le besoin de retrouver sur place des compatriotes, des racines. A toute la théorie du travail social, j'ai donc pu ajouter une touche personnelle, m'appuyer sur mon vécu, et cela m'a donné une plus grande ouverture à l'autre et une vision différente des réalités sociales.

Entre hier et aujourd'hui, qu'est-ce qui a essentiellement changé dans le travail social ?
Il y a trente ans, l'objectif principal était de résoudre un problème, pour le bien commun. Aujourd'hui, les finances sont devenues LE paramètre. L'argent est le point de référence de toute chose et cet immense changement encourage l'exclusion. La répartition des biens est toujours plus scandaleuse, les working-poor ne cessent d'augmenter et des valeurs telles que la solidarité et l'humanité sont en perte de vitesse. Quant au moule dont je vous parlais tout à l'heure, il est de moins en moins flexible. Pas étonnant qu'il y ait autant de gens qui restent sur le carreau!

Qui sont-ils, ces pauvres?
Il n'y a pas un profil-type même si, tendanciellement, il y a davantage d'étrangers. Migrants, requérants, Suisses, personnes seules avec enfants à charge... D'autres problématiques, d'autres statuts bien sûr, mais dans bien des cas il s'agit de questions financières. Des femmes, des hommes de tous âges, de toutes cultures, viennent demander de l'aide. Il y aussi des femmes en plein processus de séparation, démunies, parfois victimes de violences.

Quelles sont les difficultés et les joies de votre travail?
Le manque de temps n'est pas facile. Le suivi individuel des clients ne représente pas tout notre travail. Nous sommes également impliqués dans différents projets sociaux, dans un travail de partenariat, en réseau. L'imprévu non plus n'est pas facile à gérer. Parmi les grandes joies rencontrées dans ce travail, il y a la grande reconnaissance des personnes que nous aidons. Cela me touche profondément.

Propos recueillis par Christiane Elmer