photos: Céline Latscha

La nuit où la lumière surgit

Tout commence dans la nuit, quand une simple flamme suffit à annoncer que la vie a déjà vaincu la mort

La nuit où tout recommence

Il faut accepter d’entrer dans l’obscurité pour comprendre la force de cette nuit. Samedi 4 avril 2026, à l’église Sainte-Marie de Bienne, la Vigile pascale commence dehors, autour du feu nouveau. Une foule nombreuse s’est rassemblée, dans une attente à la fois simple et profonde. Beaucoup de monde, des familles, des jeunes, des fidèles de tous horizons : tous viennent veiller, prier, et surtout espérer.

Présidée par l’abbé François-Xavier Gindrat, entouré du diacre Daniel Lattanzi, la célébration s’ouvre dans une atmosphère dépouillée. L’église est plongée dans la pénombre. Rien n’est donné d’emblée : tout est à recevoir.

Le feu est béni, puis le cierge pascal est allumé. « Que la lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire, dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit » . La procession s’avance lentement dans l’église obscure. À trois reprises, l’appel retentit — « Lumière du Christ » — et l’assemblée répond : « Nous rendons grâce à Dieu » . De main en main, la flamme se transmet, éclairant peu à peu les visages. Ce geste, d’une grande sobriété, dit déjà l’essentiel : la lumière ne s’impose pas, elle se partage.

Le chant de l’Exultet s’élève alors dans la nuit, porté par les voix et le souffle de l’assemblée. La Vigile pascale déploie ensuite la richesse de la Parole de Dieu. Les grandes étapes de l’histoire du salut sont proclamées : Abraham, l’Exode, les prophètes… Autant de récits qui rappellent comment Dieu n’a jamais cessé d’accompagner son peuple . Dans cette progression lente, l’Église prend le temps. Elle veille, elle écoute, elle se souvient.

Puis vient le moment où tout bascule.

Le Gloria éclate. La lumière envahit l’église. Ce passage de l’ombre à la clarté n’est pas un simple effet : il exprime le cœur de la foi chrétienne. Le Christ est ressuscité. La nuit ne retient plus la vie.

La liturgie baptismale vient alors donner chair à cette promesse. L’eau est bénie en rappelant toute sa portée symbolique et biblique, de la création aux grandes traversées du peuple d’Israël . Un adulte s’avance pour recevoir le baptême, entouré de ses proches. Dans une assemblée attentive et recueillie, il entre pleinement dans cette vie nouvelle. Le vêtement blanc, la lumière remise, les paroles prononcées : chaque geste dit un passage, une naissance.

Lorsque l’assemblée est aspergée d’eau bénite, chacun est renvoyé à sa propre histoire, à ce baptême qui demeure source et appel.

La célébration se poursuit avec l’Eucharistie, cœur vivant de la nuit pascale. Le pain partagé et le vin offert deviennent signes de la présence du Christ ressuscité au milieu des siens. Dans cette communion, l’Église se reconnaît corps vivant, rassemblé par Celui qui a traversé la mort.

Puis vient l’envoi. Les cloches sonnent à nouveau, cette fois dans la joie. Les voix s’élèvent, portées par l’alléluia retrouvé. L’assemblée quitte l’église autrement qu’elle y est entrée. Quelque chose s’est déplacé, discrètement mais profondément.

La Vigile pascale ne se raconte pas seulement : elle se vit. Elle traverse la nuit pour ouvrir un passage. Elle rappelle, avec force et simplicité, que la Résurrection n’est pas une idée, mais une lumière offerte à chacun, à accueillir et à faire grandir, jour après jour.

Céline Latscha

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