François Crevoisier / Photo: Christiane Elmer

Le Sacrement des malades: chemin vers soi?

Le Dimanche des malades a lieu chaque année le premier dimanche de mars. Samedi 2 mars, durant la messe de 17.00 célébrée en l'église de St-Nicolas, le Sacrement de l'Onction des malades sera administré aux personnes préalablement inscrites. François Crevoisier, aumônier des aînés, nous en livre ici quelques aspects, dans une mise en perspective avec l'action de Jésus.

 

Le Dimanche des malades a lieu chaque année le premier dimanche de mars. Samedi 2 mars, durant la messe de 17.00 célébrée en l'église de St-Nicolas, le Sacrement de l'Onction des malades sera administré aux personnes préalablement inscrites. François Crevoisier, aumônier des aînés, nous en livre ici quelques aspects, dans une mise en perspective avec l'action de Jésus.

Recevoir et vivre le Sacrement des malades est une démarche particulière et extra-ordinaire. Recevoir ce Sacrement implique immédiatement un état de faiblesse pas aisé à reconnaître : je suis en maladie - le mal a dit ! - et j'ai besoin de soins. Au-delà de tout ce qui peut être mis en place pour nous guérir physiquement, nous avons quelquefois besoin, lorsque la maladie devient un colocataire permanent, de nous sentir aimés, d'être touchés et confirmés dans notre dignité. L'enjeu de ce Sacrement n'est donc de loin pas facile à vivre. Arrêtons-nous un instant sur quelques aspects de l'onction des malades. Et tentons une mise en perspective avec l'action de Jésus. En premier lieu, il s'agit de reconnaître son mal ou d'entendre un diagnostic : s'affranchir d'une pudeur pour dévoiler une faiblesse. En thérapie, là réside le début du chemin de guérison.
En parcourant la Bible et plus précisément le Nouveau Testament, nous découvrons que les personnes interpellent Jésus en reconnaissant leur état de maladie ou de faiblesse; à partir de cela, Jésus agit concrètement. Premier constat : la re-connaissance de mon mal peut impliquer une reconnaissance de la personne du Christ.

Ensuite, vivre ce Sacrement requiert un espace relationnel. Le prêtre s'approche de la personne et, au nom du Christ, l'accueille dans et avec son mal, mais aussi avec tout ce qui la constitue. Ensemble, ils se mettent en présence du maître de la vie. Deuxième constat : ce Sacrement implique trois personnes, Jésus le Christ, le malade et le ministre. Triptyque singulier à l'image du Dieu trinitaire, les liens entre le malade, le prêtre et le Christ sont une condition sine qua non pour vivre ce Sacrement. Pas de Sacrement sans liens humains : ce trio est déjà parfois le reflet d'une communauté.

Se laisser toucher est un acte d'abandon. La personne malade a dû, ne serait-ce que par son médecin, lâcher prise sur son corps et se laisser toucher : lors de l'onction, ce sont les mains, le front et parfois l'endroit où se situe le mal qui sont touchés par l'huile sainte via les mains du ministre. Ce touché, avec toute la tendresse de Dieu, devient le signe de son amour : digne d'être aimé par le Christ, tout notre être est touché par la redécouverte de ce don. L'entier de l'être est appelé à résonner de la vie même de Dieu. Le prêtre dit " Par cette onction sainte, que le Seigneur dans sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l'Esprit Saint ; ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu'il vous sauve et vous relève. " Troisième constat : Jésus touche les cœurs et les corps ; par lui, avec lui et en lui, la vie -même diminuée, même brisée, même bafouée- est garantie dans l'éternité.

Oui, amen, le Sacrement de l'onction des malades est un chemin vers soi. Il devient une porte vers un abandon de tout ce qui nous a constitués : " la main de Jésus qui me touche dans le sacrement m'invite à lâcher prise, à abandonner mes devoirs, mes biens et parfois même mes proches, et finalement moi-même " (1) Alors, et dans une perspective spirituelle, cette porte douloureuse vers soi devient portail vers les autres, vers le Tout-Autre et la vie en plénitude. Ainsi, ce Sacrement peut être véritable ciment d'une communauté. Même vécu à l'hôpital ou à domicile, il préfigure l'accueil inconditionnel de Dieu pour chacun ; il est signe d'alliance entre Dieu et nous ; il est signe de la présence agissante du Christ pour tous.
Le 2 mars prochain, nous vivrons en communauté ce Sacrement. S'il n'y a que quelques personnes qui le reçoivent effectivement, c'est toute la communauté qui est visitée par l'humble présence du Christ. C'est une possibilité de compassion et de fraternité offerte à la communauté qui prie pour et avec les personnes malades.
Alors, parce que nous sommes tous appelés à vivre les mêmes réalités parfois difficiles de notre condition, notre détresse rejoint, imperceptiblement, ces paroles de Frère Roger " Esprit du Christ Ressuscité, quand une épreuve semble trop pesante, tu la portes avec nous et tu nous donnes d'espérer au-delà de toute espérance. "

(1) A.Grün, L'onction des malades, Les Sacrements, Mediaspaul, Paris, 2003