Lettre d'automne aux absents

Chacun a ses absents. Les vôtres, peut-être, ressemblent aux miens…

Chacun a ses absents. Les vôtres, peut-être, ressemblent aux miens…

Sont-ils vraiment absents alors qu’ils vibrent, fort et encore, en nous ? On ne les voit plus, ne les touche plus, ne les entend plus. Invisibles. Impalpables. Inaudibles.

Hommes et femmes de tous âges et tous liens, ils s’en sont allés un jour. Ils ont les traits d’un conjoint, d’un enfant, d’un père ou d’une mère. D’un amour. Tous vibrants d’une Vie où l’on aime en Dieu. Et où rien, à part Lui, n’a vraiment d’importance.

Où es-tu, à l’heure où je te pleure, de novembre en novembre ? Me vois-tu, m’écoutes-tu, me ressens-tu ?

Ô comme j’aimerais te revoir, ne fût-ce que cinq minutes ! T’avoir là, devant moi. Je t’enlacerais longuement, généreusement, pieusement. Mes bras, cathédrale béante… Eclose dans l’instant, hébétée de clarté… Reconnaître tes yeux, leur couleur et leur manière, unique et douloureuse, d’être toi.

Non, la mort qui un jour te ravit ne t’a pas dérobé totalement. L’amour, qui après toi m’est resté, donne à l’absence les réminiscences de ta présence.

Bénis sois-tu donc, Seigneur, de léguer telle tendresse – belle triste éperdue - dans l’écrin des mémoires.

En ce temps où l’on prie les saints et commémore les défunts ; où les cimetières se parent en mariées, où mille flambeaux dansent sur les tombes étonnées, je vous écris cette lettre, chers absents.

Vous avez creusé nos jours d’une douleur nouvelle. Nous avons dû apprendre à poursuivre sans vous. Nous avons eu des cris, des révoltes et des nuits. Rien n’a plus jamais été pareil. Savait-on, avant, qu’on vous aimait autant, qu’on aurait des regrets, des remords, des tortures, des morsures, des brûlures… de sublimes blessures ? Fallait-il tout cela pour comprendre que vous étiez un trésor, une grâce, une perfection, inachevée, du Ciel ?

Chers absents qui nous aimez, priez pour nous ! Quand nous oublions l’essentiel. Quand nous croyons vivre ici pour toujours. Quand l’horizon s’obscurcit, quand le doute submerge. Quand, au cœur de l’orage, nous renions le soleil.

Pour nous aimer les uns les autres, ne faut-il pas nous entraider, Ciel et terre confondus ? Saints et défunts et… nous autres ? Voués à la mort, mais consacrés à la Vie, nous rejoindrons un jour nos absents. Peut-être alors comprendrons-nous qu’ils n’ont jamais cessé d’être présents. Qu’on aurait pu les sentir à nos côtés, parfois, si on l’avait désiré plus fort.

Que Dieu nous bénisse toutes et tous, présents, absents et entre les deux. On ne peut s’empêcher ni d’être ni d’aimer.

Christiane Elmer

 

Légende-photo : Entre présence et absence / Chr. Elmer