Au cœur d'une réalité autre... / Chr. Elmer

La pastorale peut-elle reprendre comme avant ?

Pendant plus de deux mois, les célébrations et les activités ecclésiales ont dû s'arrêter... La fête de Pentecôte a marqué la reprise progressive des rassemblements et des messes. Beaucoup de croyants aspiraient à retrouver la communauté, à pouvoir prier avec d'autres, à recommencer les activités de groupe. Alors, dans ces conditions, pourquoi demander si la pastorale peut reprendre comme avant ?

Les mesures barrière se sont implantées en quelques jours et il faudra les maintenir encore pendant plusieurs mois. Mais ce n'est pas le plus important. Le confinement, l'arrêt des activités, la crise sanitaire, et maintenant économique, ont bousculé les habitudes et renversé des certitudes bien établies. Ces chocs répétés provoquent de grandes fragilités humaines et sociales. Mais, à côté de cela, il y a aussi des opportunités qui émergent. Ce qui paraissait indispensable est soudain devenu futile, ce qui était négligé est devenu essentiel. Notre rapport à la vie, au monde, notre rapport à l'Église, à la foi, s'est modifié. En parlant de l'Église, il faut rappeler qu'elle est au service de l'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu. Mais cette Bonne Nouvelle n'a de sens que si les hommes et femmes rencontrés sont accueillis avec les expériences bonnes ou douloureuses, avec leurs joies et leurs craintes. Si la pastorale ne peut pas reprendre comme avant, c'est parce que l'expérience de la crise a provoqué une césure dans la vie de la population, des paroissiens, des agents pastoraux.

Points d'attention
Pour répondre à ce défi, plusieurs points d'attention ont été formulés, à la fin mai, par les agents pastoraux :
il n'est pas bon de chercher la sécurité en voulant reprendre la vie pastorale comme si de rien n'était. / Il faut continuer de prendre le temps de la rencontre en allant vers. / Il convient de rester dans la simplicité pour les célébrations, les activités, les rencontres.

Mode de fonctionnement dépassé ?
Un certain mode de fonctionnement de l'Église semble aujourd'hui dépassé :
la multiplication des activités pastorales et une planification à outrance sur le long terme qui conduit à une surcharge chronique (des agents pastoraux comme des bénévoles). / Un acharnement pastoral qui tient peu compte de la vie, des besoins, des compétences des gens.

Créativité nouvelle
Pourtant, de la créativité est apparue et des initiatives ont vu le jour durant la crise. Elles doivent pouvoir continuer à se développer :
en retrouvant une spiritualité plus ancrée, plus centrée sur l'essentiel. / En continuant à vivre des rencontres gratuites, spontanées ou en réponse à une attente. / En valorisant la redécouverte d'" Églises domestiques " dans les familles, entre voisins. / En donnant une place plus grande à la solidarité et au domaine caritatif.

Aller vers...
Dans l'esprit des Orientations pastorales et de la conversion pastorale et missionnaire souhaitée par le pape François, il est enfin demandé aux agents pastoraux de :
sortir, aller à la rencontre pour témoigner de la Bonne Nouvelle. / Adopter une attitude de questionnement et non pas de réponse.

Confiance avant tout !
Cette transition peut générer de l'incertitude et des craintes, comme cela arrive face à tout changement. Mais c'est aussi l'occasion de faire un acte de foi et d'espérance. A la fin de l'apocalypse, le dernier livre de la bible, une voix venue du ciel proclame : " Voici que je fais toutes choses nouvelles " (Ap 21, 5).
Si nous nous laissons guider par l'Esprit Saint, l'Esprit de Pentecôte, nous pouvons accueillir avec gratitude la nouveauté que Dieu veut réaliser avec notre aide. Cette confiance devrait nous guider, chacune et chacun, au cours de l'année pastorale 2020-2021, qui ne pourra pas s'organiser comme les années précédentes et qui devra refléter la nouveauté que Dieu veut pour nous.

Catéchèse : vécue sous d'autres formes
L'année de catéchèse 2020-2021 apparaît différente et difficile à programmer, car beaucoup de décisions restent provisoires et l'on ne sait pas si les mesures de protection vont se renforcer. De plus, les rencontres en grands groupes sont inappropriées pour le moment.

Trois axes favorisés
Cela implique que les offres de catéchèse pour les enfants seront simplifiées et allégées. On peut parler d'une année de jachère. Cette image ne signifie pas ne rien faire, mais renoncer à ensemencer pour préparer la terre à de nouvelles semailles en reconstituant la fertilité du sol. C'est pourquoi trois axes seront favorisés :
le maintien d'un lien avec les familles avec des offres d'animation parents-enfants ; / la proposition d'événements communautaires ponctuels ; / la préparation aux sacrements (pardon, confirmation, première communion).

Offres pour les adultes
En complément, des offres pour les adultes devraient être proposées, par exemple :
des propositions de relecture de ce qui a été vécu dans la crise. / Des temps de formation pour les catéchistes ou les futurs catéchistes.

Abbé Jean Jacques Theurillat,vVicaire épiscopal

30 juin 2020
créé par Abbé Jean Jacques Theurillat, vicaire épiscopal
  • Jura bernois
  • Actualités