"Ne nous laisse pas entrer en tentation"

Dès Pâques 2018, la nouvelle formulation du "Notre Père" entrera en vigueur dans toute forme de liturgie publique. Les catholiques - et les réformés - ne diront bientôt plus " Ne nous soumets pas à la tentation ", mais " Ne nous laisse pas entrer en tentation ".

La nouvelle traduction intégrale en français de la Bible liturgique avait été validée par le Vatican dans le courant de l'été 2013, après dix-sept années de travail. Mais ce feu vert était resté sans effet jusqu'à ce jour en ce qui concerne la manière de réciter le "Notre Père". Depuis 1966... La version actuelle du "Notre Père" est utilisée depuis 1966, à la suite d'un compromis œcuménique signé dans la foulée du concile Vatican II. Mais un problème était apparu d'un point de vue théologique à propos de la sixième demande: "Ne nous laissez pas succomber à la tentation" était devenu "Ne nous soumets pas à la tentation". En fait, le verbe grec " eisphérô " (Mt 6,13) qui signifie littéralement "porter dans", "faire entrer", aurait dû être traduit par "Ne nous induis pas en tentation" ou "Ne nous fais pas entrer en (dans la) tentation", ou encore "Ne nous introduis pas en tentation".

Un nécessaire approfondissement théologique
La formulation de 1966, celle qu'on utilisera jusqu'à Pâques de l'année prochaine, laisse supposer une certaine responsabilité de Dieu dans la tentation qui mène au péché, comme s'il pouvait être l'auteur du mal. Cette traduction pouvant prêter à confusion, il fallait donc un approfondissement théologique. C'est ce que rappelle dans son article Claire Lesegretain, chef adjointe au service religion à La Croix (cf: http://www.la-croix.com/).

Le père jésuite Michel Souchon, dans la revue Croire, souligne quant à lui que les évangiles (Matthieu 4,1-11; Marc 1,12-13; Luc 4,1-12) affirment que Jésus lui-même a connu la tentation ! S'il a bien connu la tentation, il a cependant toujours repoussé les offres du diable. Il est ainsi le modèle de la foi du chrétien. Si le Christ a été tenté, il ne peut nous enseigner une prière dans laquelle nous demanderions une existence dispensée de la tentation. Le sens de cette demande n'est donc pas: "Epargne-nous la tentation", mais: "Ne permets pas que nous succombions à l'heure de la tentation. Aide-nous pour que ne tombions pas dans le péché." C'est le sens du développement de la liturgie romaine: "Par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves." Une autre manière de dire: "Par ta miséricorde, rends-nous libres dans la tentation et forts dans les épreuves."

La tentation et l'épreuve
Le père Souchon poursuit: "J'ai utilisé l'un pour l'autre les mots tentation et épreuve. Un même verbe grec (peirazein) est traduit soit par éprouver ou mettre à l'épreuve, soit par tenter. Lorsque des pharisiens ou des légistes interrogent Jésus pour essayer de le faire tomber, les évangiles disent qu'ils veulent "le mettre à l'épreuve" (par exemple Luc 10,25 ou 11,16). Les deux mots sont donc très proches et présentent, en quelque sorte, les deux faces d'une même expérience. Toute circonstance de notre vie peut être tentation ou épreuve. Lorsque, dans le désert, le peuple de l'Exode fait l'expérience de la faim et de la soif, il est mis à l'épreuve, dit l'Écriture. Dans le Deutéronome, Moïse parle à son peuple: "Tu te souviendras de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver, pour connaître ce qu'il y avait dans ton cœur et si tu observerais ses commandements, oui ou non" (Deutéronome 8,2). C'est dans l'épreuve que le peuple et chacun de ses membres doivent faire la preuve de leur fidélité."

"Dans son voyage ici-bas", dit saint Augustin, " notre vie ne peut pas échapper à l'épreuve de la tentation, car notre progrès se réalise par notre épreuve. Personne ne se connaît soi-même sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir combattu, et ne peut combattre s'il n'a pas rencontré l'ennemi et les tentations".

Prier pour ne pas succomber
"On sait que les péripéties de l'Exode ont été des occasions de chute. Ainsi l'épreuve devient tentation : tentation de douter de Dieu, de son Alliance et de ses promesses. La Prière du Seigneur nous fait demander, à l'inverse, de ne pas succomber à la tentation qui survient aux jours d'épreuve. Au jardin des Oliviers, Jésus dit à ses disciples : "Quoi ! Vous dormez ! Levez-vous et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation !" (Luc 22,46).
En conclusion, la nouvelle formulation du "Notre Père" ne va rien chambouler. Le sens et le bien-fondé de cette prière, transmise par Jésus, demeurent. Le passage en lien avec la tentation sera juste mieux compris, moins ambigu. Au fil des jours et des prières, nous nous habituerons à cette nouvelle phrase "Ne nous laisse pas entrer en tentation", comme nous nous sommes habitués, pour la plupart, à tutoyer le Père au lieu de le vouvoyer. L'essentiel, nous le savons tous, étant bien moins dans la forme que dans le contenu... (CE / com)

Notre Père qui es aux cieux
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés,
et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du mal.
Car c'est à toi qu'appartiennent
le règne la puissance et la gloire,
pour les siècles des siècles.
Amen.

26 juin 2017
  • Actualités
  • Activités pastorales