Une expérience émotionnelle saisissante !

La brochure le souligne à qui l'ignorerait encore: l'église Ste-Marie est un véritable bijou, unique en son genre à plus d'un titre, digne d'être visitée, admirée et appréciée. "Cette église est contemporaine, en 1929, du grand essor des salles de cinéma, explique Sylvain Malfroy. Elle a un plafond en plâtre, suspendu, comme on en trouvait beaucoup, à l'époque, dans les cinémas. Cela permettait de configurer des plafonds avec des éclairages indirects et des formes stupéfiantes. C'est une église très théâtrale et très spectaculaire; il y règne une atmosphère prenante. Je n'en connais pas d'autre du genre en Suisse" s'exclame l'historien de l'architecture. Assurément, un édifice digne de susciter l'intérêt du grand public, et pas seulement celui des paroissiens. Souvent, à force d'avoir quelque chose sous les yeux, on ne regarde plus, ne s'étonne plus et ne s'attache plus. C'est humain. Mais c'est dommage.
Pour Sylvain Malfroy, tout mérite le détour à Ste-Marie: l'architecture, les vitraux, le décor... "Cette église propose aussi un voyage à travers ses différents éléments. On y décèle des liens avec la France, le Tyrol italien, Einsiedeln, Lucerne... . Et puis, avis aux amateurs de sensations fortes: "C'est une expérience émotionnelle tout à fait saisissante!" Et de désigner la mise en couleurs, intense, des couleurs, le gigantisme des volumes et la théâtralisation de l'espace. "En pénétrant dans ce lieu, on se sent allégé, comme aspiré vers le haut. Aucun pilier porteur ne rompt cet espace dilaté, vivement coloré, baigné dans une lumière quelque peu étrange..."

Pour Sylvain Malfroy, il n'est pas nécessaire d'être architecte, artiste ou érudit pour goûter à ces particularités: "il faut juste être réceptif à ce que l'on ressent par son corps. C'est ce que j'explique à mes étudiants. Il y a trois canaux qui nous mettent en relation avec notre environnement: ce qu'on comprend avec son intellect, ce que l'on voit et perçoit avec ses yeux et ses sens, et puis, il y a les atmosphères que l'on ressent dans son corps entier. Ste-Marie emprunte beaucoup de ses références à l'époque baroque; c'est un lieu travaillant fortement les émotions physiques, corporelles."

Une œuvre d'art totale
L'église du Faubourg du Jura 47 associe aussi bien l'espace architectural que la sculpture, les arts du décor, la peinture, les ferronneries d'art, les lambris artistiques, la peinture sur verre, le mobilier liturgique... Outre les émotions intenses qu'elle suscite, cette église - fidèle à la vocation même de toute église - nous aide à nous rapprocher de Dieu. "Le message religieux y est central, explique Sylvain Malfroy. A l'époque de sa conception, l'architecte saint-gallois Adolf Gaudy a pris l'idée du rassemblement comme élément central. Il a voulu créer une aire de communion, un espace où les gens se sentiraient réunis, unis et pleinement membres d'une même communauté. Cette immense église a vraiment été conçue pour favoriser le rassemblement." L'historien de l'architecture et co-auteur du guide d'art sur Ste-Marie, rappelle qu'après la Première Guerre mondiale, on parlait "du grand Bienne". Il raconte que toutes les villes d'importance, en Suisse, planchaient alors sur des plans d'extension pour devenir "une grande ville". "Bienne n'a pas échappé à cette aspiration à l'expansion. Si ce projet de devenir une grande ville faisait la fierté des habitants, cela les inquiétait tout de même aussi. En réponse à tout cela, on imaginait de grands espaces où les gens pourraient se rassembler et développer un sentiment communautaire. Et c'est précisément ce qui s'est réalisé à Ste-Marie" conclut Sylvain Malfroy.

En bref...
Fondée en 1858, la paroisse catholique de Bienne inaugure sa première église, dédiée à Marie Immaculée, en 1870. Cette basilique néogothique à trois nefs est l'œuvre de l'architecte lucernois Wilhelm Keller. Dès 1873, durant les troubles du Kulturkampf, seule la communauté catholique-chrétienne est admise à y célébrer la messe. Finalement, en 1904, la paroisse catholique romaine obtient le droit de racheter le bâtiment. L'architecte saint-gallois Adolf Gaudy est chargé, en 1925, d'en doubler le volume tout en conservant partiellement la basilique d'origine. Son projet fusionne audacieusement les spatialités gothique et baroque. Outre l'originalité de son architecture, Sainte-Marie crée la surprise avec les splendides vitraux et mosaïques Art déco de la manufacture française Mauméjean et par la mise en couleur expressionniste de son espace intérieur.

8 janvier 2017
créé par Christiane Elmer