Il a été durant dix ans administrateur de la paroisse catholique romaine de Bienne et environs. Ancien cadre dirigeant chez Swisscom, où il assumait des responsabilités managériales sur des activités générant des chiffres d’affaires de plusieurs millions, il est également engagé en politique au sein du PLR. Dès le mois de mars, il prendra ses fonctions de secrétaire général de l’Église catholique romaine dans le canton de Berne. Dans l’entretien qu’il a accordé à Christian Grass, Pascal Bord évoque la paroisse, la pastorale, les valeurs chrétiennes et l’avenir de l’Église.
Quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées dans votre travail d’administrateur de la paroisse catholique de Bienne et environs ?
Mettre de l’ordre dans un système confronté simultanément à la pénurie de ressources, à un besoin de réformes structurelles et à l’évolution de la société. Contrairement à d’autres paroisses, Bienne se caractérise par quatre langues, quatre cultures et quatre responsables pastoraux. Par souci d’équité, les mêmes règles du jeu doivent s’appliquer aux quatre communautés linguistiques. Ainsi, Bienne est une entité complexe. Or la complexité exige de la clarté. Il a fallu définir des priorités, simplifier les processus et maintenir des attentes réalistes. En un mot comme en cent, moins réagir, davantage piloter.
Vous avez travaillé dans l’économie privée et vous êtes engagé en politique. Qu’en avez-vous retiré ? Et comment les valeurs chrétiennes s’inscrivent-elles dans votre parcours ?
Je n’y vois aucune contradiction. L’économie privée m’a appris l’efficacité, la politique la capacité à faire avancer les choses. Les valeurs chrétiennes, elles, donnent une direction à l’ensemble.
Sans valeurs, le leadership devient technocratique. Sans professionnalisme, il perd toute efficacité. C’est l’alliance des deux qui rend toute action crédible.
Ma position libérale, mais profondément humaniste, s’inscrit dans la pensée de Thomas d’Aquin, qui a posé les bases du principe de subsidiarité : les décisions doivent être prises au plus près des réalités vécues, de la famille jusqu’à la commune. L’État n’intervient qu’en cas de nécessité et ne doit jamais imposer son aide.
Le Pape Benoît XVI, quant à lui, soulignait qu’il ne devait pas y avoir de relation faussée entre politique, conscience et foi. Une polarisation de la foi peut sembler progressiste au premier abord, mais elle mène en réalité à une théocratie que personne ne souhaite. Tous les membres de la paroisse, quelle que soit leur orientation politique, doivent pouvoir s’y sentir les bienvenus.
Bienne est une ville multiculturelle, avec de nombreuses langues et cultures. Cette diversité constitue-t-elle un défi particulier pour l’Église dans ce contexte ?
Bienne donne un aperçu de ce que sera l’avenir : multiple, dynamique et exigeant. Pour l’Église, cela signifie qu’elle doit apprendre à utiliser la diversité de manière stratégique, et non se contenter de la gérer.
La compétence interculturelle n’est pas un « nice to have », mais une condition de survie.
Qui veut s’imposer à Bienne doit faire preuve de flexibilité – tout en traçant des lignes claires et tout en respectant les décisions prises par les instances compétentes. Ce sont les règles du jeu dans le canton de Berne.
Nous vivons dans un XXIᵉ siècle technologique. La numérisation et l’intelligence artificielle transforment profondément les pratiques et comportements. Y voyez-vous plutôt des opportunités ou de grandes menaces pour l’Église ?
La numérisation n’est ni une menace, ni une solution miracle, elle est une réalité. L’Église doit être présente là où sont les gens – et donc également dans l’espace numérique. Mais elle ne doit pas croire que la proximité numérique puisse remplacer une communauté incarnée.
L’opportunité réside ici dans de nouvelles manières d’entrer en relation avec l’autre.
Car le danger serait de se perdre dans des mondes numériques de substitution. L’Église doit appréhender ces deux dimensions, sans quoi elle risque de se couper des personnes qu’elle souhaite rejoindre.
Quelles seront les enjeux et les principaux défis auquel vous serez confrontés en tant que nouveau secrétaire général de l’Église nationale ?
Les grands enjeux sont clairement définis et non négociables : la stabilité financière, des processus et des responsabilités clairs, le soutien aux paroisses dans une phase de contraction, ainsi qu’un travail de clarification et de sensibilisation concernant l’utilité publique de l’action de l’Église pour la population, en particulier à l’intention des responsables politiques.
Ma tâche consistera à prendre des décisions qui s’inscrivent dans la durée, et resteront encore pertinentes dans dix ans. Cela exige de fixer des priorités – et de faire des choix.
Le changement fait partie intégrante de l’existence et de l’histoire humaine. Pourquoi l’Église catholique peut-elle, précisément aujourd’hui, contribuer positivement à l’avenir ?
L’Église catholique offre quelque chose qu’aucune technologie ne peut remplacer : du sens, une orientation, une communauté, des valeurs, des traditions.
Mais elle n’aura d’avenir que si elle est prête à se renouveler, en toute honnêteté. Pas de manière cosmétique, mais de façon véritablement structurelle. Ceux qui pensent que l’on peut continuer comme avant se trompent. Se recentrer est essentiel pour construire l’avenir.
Comment évaluez-vous la communication de l’Église catholique à Bienne et dans la région ?
Nous communiquons de manière trop défensive. Nous devons dire plus clairement ce que nous faisons – et pourquoi cela est pertinent.
Beaucoup de personnes ignorent ce que l’Église catholique accomplit réellement, parce que nous ne le montrons pas de manière suffisamment cohérente. La communication n’est pas accessoire, c’est un instrument stratégique essentiel. Celui qui n’est pas visible ne peut toucher personne.
Qu’est-ce qui est indispensable pour assumer la fonction de secrétaire général de l’Église catholique dans le canton de Berne ?
Trois éléments sont essentiels : une clarté stratégique, pour identifier les évolutions possibles à un stade précoce, le leadership, pour ne pas seulement accompagner les changements, mais les façonner, et l’intégrité, afin de rester crédible – en particulier dans les moments difficiles.
Une telle fonction exige non seulement des compétences de management, mais aussi une posture et des valeurs.
L’équipe de L’Angelus remercie Pascal Bord et lui adresse ses meilleurs vœux dans l’exercice de sa nouvelle fonction au sein de l’Église catholique du canton de Berne.
(traduction Céline Latscha)