Au Cinéma Lido, en ce dimanche après-midi de novembre, on arrive tranquillement pour la projection de 15 h. Chacun choisit sa place — il en reste encore — mais l’on sent déjà que quelque chose se prépare. Le film Sacré-Cœur attire. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 95 personnes ont pris un billet pour cette séance organisée par la paroisse catholique de Bienne et environs, en collaboration avec Cinévital. Une participation qui signe clairement un vif succès.
Dès les premières images, on comprend pourquoi ce film suscite l’émotion. Réalisé par Sabrina et Steven Gunnell, Sacré-Cœur – Son règne n’a pas de fin est une docufiction sortie en 2025, qui traverse les siècles pour raconter la dévotion au Cœur de Jésus, née il y a 350 ans à Paray-le-Monial, lorsque le Christ se révèle à sainte Marguerite-Marie Alacoque. Reconstitutions historiques et scènes contemporaines s’entrelacent, tissant un fil qui va du XVIIᵉ siècle jusqu’à aujourd’hui. Le pari des réalisateurs : montrer comment cet amour brûlant continue de toucher des vies concrètes, dans le monde entier.
Le film mêle images historiques, moments de prière et témoignages contemporains. Des hommes et des femmes, de parcours très différents, prennent la parole pour confier ce que la dévotion a changé dans leur existence : guérisons intérieures, réconciliations, conversions, renaissance après des épreuves… Le propos n’est pas de donner un cours de doctrine, mais d’ouvrir une fenêtre sur une expérience humaine et spirituelle — celle d’un Dieu proche, aimant, qui relève.
Dans la salle aussi, les témoignages jaillissent, autant d'éclats de lumière dans les frimas de novembre. À l’issue de la projection, plusieurs spectateurs prennent la parole pour partager un fragment de leur propre histoire : un souvenir transmis par une grand-mère, une prière retrouvée dans la tourmente, une image du Cœur de Jésus veillant depuis l’enfance, le tout animé avec bienveillance et professionnalisme par l'abbé François-Xavier Gindrat… Le film, riche en voix, en a réveillé d’autres, et le moment d’échange qui a suivi a réellement fait chaud au cœur. On sent que quelque chose circule, doucement mais profondément.
Le phénomène Sacré-Cœur dépasse les frontières du Cinéma Lido. Depuis sa sortie, le film est programmé dans de nombreuses salles en Suisse, en France et en Belgique — et il suscite un réel engouement dans le milieu chrétien. Preuve que la dévotion au Cœur de Jésus n’est pas un vestige du passé, mais une question toujours vivante : capable d’interroger, parfois de déranger, mais surtout d’attirer.
Visuellement, Sacré-Cœur marque par la beauté de son image et la fluidité de son rythme. Les réalisateurs, familiers du documentaire de foi, ont choisi une approche lumineuse — un cinéma qui donne envie d’ouvrir son propre cœur. Des processions historiques aux communautés contemporaines, en passant par des temps d’adoration, le spectateur est invité à passer du grand écran à sa propre vie : et moi, où est-ce que ce Cœur me rejoint ?
Pour la paroisse, cette séance de 15 h au Lido, co-organisée avec Cinévital, n’était pas simplement une projection : c’était un moment communautaire, simple et profond à la fois. Être 95, se retrouver, écouter, réagir, voir des visages s’éclairer… autant de signes d’une communauté en mouvement.
En choisissant de projeter Sacré-Cœur en plein cœur d’un dimanche, la paroisse a posé un geste à la fois pastoral et culturel : offrir un espace où la foi peut se dire autrement, à travers des images, des parcours de vie, des cœurs ouverts.
Céline Latscha