À 17h, l’église Sainte-Marie de Bienne a pris ce visage si particulier des veilles de Noël : un murmure d’attente, des manteaux encore tièdes du dehors, des regards qui cherchent déjà la crèche… et, partout, des familles. Le mercredi 24 décembre 2025, la messe de Noël des familles s’y déploie comme une fête à hauteur d’enfant : proche, simple, chaleureuse, portée par cette joie qui n’a pas besoin d’en faire trop pour être vraie.
On le sent dès les premiers instants : ce soir, on vient “en famille”, au sens le plus large. Parents, grands-parents, enfants, proches, habitués de la paroisse et visages de passage : l’assemblée est nombreuse et rassemblée, comme si la nuit de Noël avait ce pouvoir de remettre tout le monde au même endroit, au même rythme, au même souffle. Dans cette atmosphère, la liturgie n’est pas un spectacle : elle devient une maison commune, ouverte et accueillante.
Et puis il y a les enfants. Leur place ne se limite pas à “être là” : ils font corps avec la célébration. Avec une énergie joyeuse, ils miment la recherche de la crèche par Marie et Joseph : la marche, l’appel, l’hésitation, la porte qu’on espère ouverte, l’élan quand enfin on trouve. Les gestes sont simples, lisibles, et tout à coup l’Évangile n’est plus seulement un récit proclamé : il passe par les corps, par les sourires, par cette manière très enfantine – et très juste – de dire l’essentiel sans détour. Oui, les enfants ont du plaisir. Et ce plaisir-là, loin de distraire, fait entrer plus profond dans le mystère : Dieu rejoint la vie telle qu’elle est, avec ses élans, ses maladresses, sa beauté.
La Parole de Dieu, justement, ouvre la nuit comme une fenêtre. Pour la liturgie de Noël “dans la nuit”, l’Église fait entendre l’annonce d’une grande lumière : « Un enfant nous est né » (Isaïe 9,1-6), puis le chant de la terre entière appelée à se réjouir (Psaume 95/96). Vient ensuite cette phrase nette et lumineuse de la lettre à Tite : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tite 2,11-14). Et enfin, l’épisode que tant de cœurs portent presque par mémoire : la nuit des bergers, l’annonce de l’ange, la paix promise, la joie offerte « aujourd’hui » (Luc 2,1-14).
Dans une messe des familles, ces textes prennent une résonance particulière. Ils ne demandent pas d’abord des explications savantes : ils demandent un espace pour être accueillis. Le prophète parle de ténèbres et de lumière ; les enfants savent très bien ce que c’est, une peur dans la nuit, et ce que c’est aussi, une lampe qu’on allume. L’ange dit « Je vous annonce une grande joie » ; les visages, ce soir-là, n’ont pas besoin d’être convaincus : ils l’espèrent déjà. Et quand l’Évangile insiste sur ce “signe” offert aux bergers – un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire –, la crèche n’est plus une décoration : elle devient une manière de comprendre Dieu, humble, proche, à portée de regard.
À Sainte-Marie, cette proximité se lit aussi dans l’atmosphère : une célébration très familiale, vraiment. On se parle, on se reconnaît, on s’émerveille ensemble. Il y a de la chaleur – pas seulement celle des bancs remplis, mais celle d’une communauté qui, l’espace d’une heure, se laisse rassembler par plus grand qu’elle. Et c’est peut-être cela, le cadeau le plus simple de cette messe de Noël des familles : offrir un lieu où l’on peut revenir à l’essentiel sans se sentir étranger, où chacun – petit ou grand – trouve une place.
Noël n’efface pas tout, Noël ne gomme pas les fragilités, Noël ne met pas la vie “en pause”. Mais Noël ouvre une brèche de lumière. Et quand des enfants miment Marie et Joseph cherchant la crèche, c’est toute l’assemblée qui se reconnaît un peu : nous aussi, nous cherchons une place pour Dieu au milieu de nos journées, une porte qui s’ouvre, un signe de paix. Cette nuit-là, à Sainte-Marie, à Bienne, la réponse ne tombe pas du ciel comme une formule : elle se donne dans une présence, dans une joie partagée, dans une Église qui ressemble à une famille – et dans une famille qui, un instant, ressemble à l’Église.
Céline Latscha