Au service du Saint-Père

Après quatre mois passés en tant que garde pontifical, Dorian Germiquet de Court, nous accorde un entretien.

Comment vous sentez-vous après vos débuts au sein de la Garde pontificale ?

Je me sens très bien. C’est la première fois que je pars pour une période aussi longue hors de Suisse et loin de famille. C’est sûr que les miens et mon pays me manquent un peu, mais je me suis bien acclimaté et l’ambiance familiale régnant entre les 110 gardes pontificaux aide beaucoup. Nous sommes bien entourés; la Garde c’est un peu une grande famille.

En quoi ce service vous aide-t-il à progresser sur le chemin de la foi ?

On représente le Saint-Père. On donne une image du Vatican et du Pape. Il y a une histoire vieille de 511 ans. On est vite de reconnu. Beaucoup de gens viennent nous poser des questions. Il y a un grand engouement durant les célébrations et autour du Saint-Père, cela donne de la force. Quand on vient d’une petite paroisse, on ne voit que peu de jeunes à la messe, alors qu’ici il y a énormément de gens du monde entier et donc beaucoup de jeunes. C’est un peu comme si chaque jour était un jour de fête et encore plus lors de grands événements. Ça donne un espoir supplémentaire si on se sent seul ou si on a peur d’affirmer sa foi. En assistant à des audiences ou à l’angélus, on est proche du Saint-Père. Durant le service et le temps libre, nous pouvons nous retrouver dans la chapelle de la Garde où nous prions ensemble le chapelet. Il arrive même qu’on s’y retrouve spontanément ou que l’on s’y donne rendez-vous en s’envoyant des messages. Tous les jours des dizaines de prêtres confessent les gens dans la basilique.

Vous aspiriez à cela ?

C’est ce que je voulais en venant ici. Dans la vie de tous les jours on est rattrapé par le quotidien. Ici tout est à proximité; pour assister à une messe, il y a beaucoup plus de créneaux horaires : la possibilité est là tout le temps. J’ai aussi appris les vêpres et l’angélus que je ne connaissais pas. Chez nous le quotidien « tue », alors qu’ici tout ce monde fait que c’est plus encourageant et intéressant. Dans ma mission, je reçois aussi un soutien spirituel. À Noël, on nous a offert un livre sur Jean-Paul II. Avant de venir ici, je lisais peu et encore moins des livres sur la foi. Ici j’apprécie la lecture et cette ambiance m’y invite. Mon optique première était d’approfondir ma foi. C’est une expérience unique que d’être « employé » du pape.

Comment est rythmée une semaine dans la vie d’un garde pontifical ?

Nous avons six jours de travail et trois jours de réserve durant lesquels nous pouvons être appelés à travailler. La Garde intervient 365 jours par an et 24h/24h. En cas d’imprévu, on nous appelle. Un jour de travail en service normal signifie six à huit heures de travail. Il m’est arrivé de faire une journée de douze heures et demie !

Comment profitez-vous de vos congés et sorties ?

Il y a les cours et devoirs d’italien qu’on doit parfois placer durant les jours de congé. Et bien sûr nous profitons de visiter Rome et les alentours. Nous nous organisons entre les gardes; les plus anciens nous partagent leurs connaissances. J’ai par exemple pu visiter Castel Gandolfo, la résidence d’été du pape, dont les jardins sont magnifiques et aussi les quatre basiliques majeures de Rome : Saint-Pierre, Saint Jean-de-Latran, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul-hors-les-Murs.

Et les vacances ?

En tant que garde, j’aurai droit à trente jours de vacances par année; j’aurai donc le loisir de pouvoir retourner en Suisse, mais pas au cours des huit premiers mois en raison de l’instruction.

Avez-vous l’occasion de recevoir de la visite ?

Mes parents sont venus cinq jours et j’avais deux jours de congé. Si je suis en service de 6 heures à 14 heures, après je suis libre, ce n’est pas comme à l’armée. Avec la visite, on profite de découvrir Rome et ses lieux historiques (Colisée, fontaine de Trevi, etc.).

Vous semblez attaché à la tradition de la garde pontificale. Pourquoi selon vous est-il important que ce service perdure ?

On jure de donner sa vie au pape. Il y a des gardes à toutes les entrées principales. Nous sommes tout de même en ligne de mire. Lors d’une audience, nous sommes là; on donne une image de la Suisse et on montre notre soutien au pape. Au-delà de donner sa vie, on donne un moment de sa vie. Ce service montre aussi que des jeunes en Suisse sont prêts à s’engager et à travailler pour l’Église; la moyenne d’âge des gardes est de 22 à 24 ans; seuls les gradés sont plus âgés. L’image que nous donnons est importante : lorsque j’effectue un service de sentinelle, je ne compte plus le nombre de fois où je me fais prendre en photo.

Le pape François est humble et proche des gens. Quel rapport a-t-il avec les gardes suisses ?

Il aime la Garde suisse; il est proche de nous. J’ai déjà eu l’occasion de lui serrer la main quelques fois. Il nous fait un sourire et ça fait chaud au cœur. Il serre la main à énormément de monde; ça apporte un grand bonheur aux gens et je pense que ça peut changer la vie de certaines personnes. C’est très émouvant et on souhaite que cela arrive encore et encore. En tant que garde, nous sommes privilégiés. Pour l’heure pour je n’ai vécu qu’une seule audience. Il faut s’imaginer qu’il y a huit mille personnes lors d’une audience et seules quelque-unes auront ce privilège. On voit la joie des parents lorsqu’il porte un petit enfant. Il parle beaucoup des jeunes dans ses discours, au-delà du fait d’être garde, cela me touche personnellement.

Il vous reste vingt-deux mois à passer au service du pape. Comment voyez-vous votre avenir ?

Avec sérénité. Je me réjouis des belles choses et des surprises qu’il me réserve, mais je me réjouis surtout de pouvoir poursuivre ma mission, de mieux connaître le Vatican et Rome. Pour l’heure, ma priorité principale est de faire mon travail au mieux.

Cette expérience vous aura aussi apporté des aspects plus pragmatiques (apprentissage de l’italien, etc.). Comment comptez-vous valoriser ceci ?

J’ai fait un apprentissage d’employé de commerce et les langues sont importantes. C’est toujours utile de savoir une langue étrangère. Je pourrai bien sûr utiliser l’italien en Suisse, mais aussi pour voyager.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui aimerait s’engager dans la Garde ?

S’il se sent tenté par l’expérience, il ne faut pas hésiter et foncer ! C’est une expérience inoubliable, même si on n’est pas forcément très croyant au départ. La camaraderie nous aide. Il faut savoir que ce privilège est réservé aux citoyens helvétiques et que beaucoup de personnes dans le monde aimeraient pouvoir servir le Saint-Père comme nous !

Propos recueillis par Thierry Chételat