Le Brésil n'est plus considéré aujourd'hui comme le cœur de ce qu'on appelait autrefois « l'aide au développement ». Depuis les années 80, période durant laquelle les chrétiens, notamment, étaient très actifs dans les pays d'Amérique latine dans le sillage de la « théologie de la libération », l'attention s'est nettement déplacée vers des foyers de crise actuels et aigus. Mais la misère a de nombreux visages, en particulier dans une ville comme Manaus, où des enfants vivent à deux pas de quartiers considérés comme des zones absolument interdites, car la criminalité liée à la drogue et la prostitution y sont monnaie courante.
Un lieu de vie sociale au-delà des communautés religieuses
Wolfgang Böhler, originaire d’Ittigen, passe chaque année plusieurs mois à Manaus. C’est là qu’il a rencontré sa femme il y a 25 ans : « J’ai toujours été très bien accueilli au fil des ans. Le Brésil est ma deuxième patrie. Je voulais simplement rendre la pareille. » C’est ainsi que M. Böhler, qui dirige lui-même plusieurs chœurs d’hommes en Suisse, a fondé il y a quelques années une association grâce à laquelle il a mis sur pied le centre créatif « Larte » à Manaus. Aujourd’hui, une dizaine d’enseignants y dispensent des cours à 50 à 70 enfants âgés de 5 à 15 ans, notamment grâce à des fonds provenant de la KEM, de l’Église catholique de la région de Berne et de particuliers. « Le centre créatif est un lieu social où l’on encourage les talents artistiques. En fait, ce n’est pas très différent de ce qui se passe avec les enfants suisses. L’important, c’est qu’ils apprennent une certaine régularité, qu’ils s’investissent dans une activité. »
La religion et la politique mises de côté
Avec son centre créatif, Böhler souhaite créer un contrepoids aux différents groupes religieux qui se ferment au monde extérieur. Il n’existe pas de structure de type associatif ; la vie quotidienne est régie par la communauté religieuse à laquelle on appartient. C’est pourquoi Böhler tient à ce que l’on ne parle ni de religion ni de politique au sein du centre créatif. Le langage qui rassemble, c’est la musique.
Soutien aux musiciens professionnels
Avec «Manacanto», Wolfgang Böhler s'engage également dans la promotion des musiciens professionnels à Manaus. Il a permis l'organisation de voyages en Suisse, de concerts avec sa chorale et de cours particuliers dispensés par des musiciens de l'Orchestre symphonique de Berne. Au Brésil, il anime lui-même des ateliers de formation musicale et de musique de chambre. Il tient également à apporter un soutien psychologique aux jeunes musiciens sur les questions existentielles fondamentales. « J’ai parlé de philosophie antique avec un musicien qui traversait une grave crise existentielle. Soudain, il a fait le point et a découvert sa propre valeur. » Aujourd’hui, il est étudiant en musique et fait partie de l’équipe Larte. Un autre Vénézuélien, qu’il a accompagné pendant des années, est aujourd’hui membre de l’Orchestre philharmonique de Manaus.