Un Missel romain dont l'aura s'étend sur le monde entier / Chr. Elmer

Nouveau Missel: parution un peu retardée !

Prévue pour le 1er dimanche de l’Avent, la nouvelle traduction du Missel romain entrera en vigueur avec un peu de retard... Elle comportera de petits changements mais, surtout, d’heureuses mises à jour !

Prévue pour le 1er dimanche de l’Avent, la nouvelle traduction du Missel romain entrera en vigueur avec un peu de retard... Elle comportera de petits changements mais, surtout, d’heureuses mises à jour !

Il aurait dû sortir de presse en 2020, ce nouveau Missel, mais la pandémie a retardé sa publication. Tout le monde l’attendait. Le voici enfin  - ou presque ! Le point avec l’abbé François-Xavier Gindrat.

Est-ce la première remise à jour du Missel ?

Non. Le missel que nous employons est sorti à la suite du Concile Vatican II en 1968, en latin, langue officielle de l’Eglise. En français et dans les autres langues en 1970, lorsque saint Paul VI était pape. Sous le pontificat de saint Jean-Paul II il y a environ 20 ans, quelques mises à jour ont été effectuées dans l’original latin. Il fallait alors traduire dans les différentes langues ce missel mis à jour, avec la mission que le résultat soit plus fidèle à l’original latin. Ceci afin de ne pas trop perdre le sens des prières et de permettre aux catholiques participant à des célébrations eucharistiques dans différentes langues de ne pas avoir l’impression d’être… dans une autre Église ! Ce travail a été fait en espagnol et en anglais ces dernières années. Le voici en français !

Quels sont les changements principaux apportés par cette nouvelle traduction ?

On a par exemple incorporé au nouveau Missel les nouveaux saints et nouvelles saintes canonisés depuis ces dernières 50 années, comme le Padre Pio et Mère Teresa. Mais les modifications introduites n’ont pas l’envergure des changements des années 1960 où les fidèles ont passé de la messe tridentine à la messe du Concile Vatican II ! Ici, on reste dans le même rite, la même liturgie ; ce sont juste de petits changements de formulation qui, pour la plupart, concernent davantage les célébrants que les paroissiens. La majeure partie des modifications, c’est ce que le prêtre dit. Bien sûr, au départ, les fidèles vont être un peu surpris puisque le prêtre ne dit plus tout à fait la même chose qu’avant. Mais on s’habituera vite. Nous avons déjà vécu cela avec l’entrée en vigueur de la nouvelle formulation du Notre Père. Plus personne ne s’étonne, aujourd’hui, que l’on dise : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation » au lieu de « Et ne nous soumets pas à la tentation ». On va peu à peu se familiariser avec ces nouvelles formules. Cela prendra juste un peu de temps jusqu’à ce qu’on se les approprie complètement.

Et enfin, les sœurs peuvent rejoindre les frères !

Oui ! Il était temps ! Cela m’a toujours gêné, dans les rituels liturgiques en français, que l’on ne cite pas l’autre genre. Désormais, dans le « Je confesse à Dieu », par exemple, nous dirons : « devant vous, frères et sœurs… ». Dans la prière eucharistique aussi, tout n’était qu’au masculin. Idem pour la prière pour les défunts. A présent, nous avons des frères et des sœurs ; des serviteurs et des servantes. En allemand, en anglais et dans bien d’autres langues, cette formulation au féminin existe déjà. Le français, lui, était à la traîne…

Y a-t-il encore d’autres choses ?

Bien sûr. Dans le « Gloria » et l’ « Agnus Dei », par exemple, on dira : « Toi qui enlèves les péchés du monde », et non plus le péché. On rejoint là la formulation latine. Dans le symbole de Nicée-Constantinople, on ne dira plus « engendré …, de même nature que le Père », mais « engendré, non créé, consubstantiel au Père ». Et, parmi les autres changements importants, il y a la prière sur les offrandes. Dans la nouvelle traduction, le prêtre va dire : « Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, et le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant ». Ce à quoi les fidèles, se levant, vont répondre : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Eglise ». Cela rappellera sûrement de vieux souvenirs à bon nombre de nos paroissiens…

Pourquoi ?

Parce que, parmi nos paroissiens les plus anciens, ceux qui étaient servants de messe se souviennent certainement de cette grande réponse en latin qu’on appelait le « Suscipiat ». Les servants de l’époque devaient l’apprendre par cœur. En général, c’était quand ils savaient cette prière sur le bout des doigts qu’ils étaient autorisés à servir ! Cette prière existe d’ailleurs toujours en allemand, en anglais, en italien…

Le Suscipiat en latin… pour se faire plaisir ?

Le prêtre : « Oráte fratres, ut meum ac vestrum sacrifícium acceptábile fiat apud Deum Patrem omnipoténtem. » Le servant de messe : « Suscípiat Dóminus sacrifícium de mánibus tuis ad laudem et glóriam nóminis sui, ad utilitátem quoque nostram totiúsque Ecclésiæ suæ sanctæ. » Ce qu’on a résumé par « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde », une formule qui était uniquement francophone, toute simple et très belle, c’est vrai.

Que pensez-vous de ces changements ?

Je les trouve beaux et pertinents. L’essentiel reste inchangé : la communauté qui se rassemble, présidée par le prêtre, pour célébrer l’eucharistie. Le toilettage effectué est minime et ces petits changements sont à accueillir avec confiance et dans un esprit d’ouverture. Je trouve qu’il est bon de changer certains mots, certaines expressions qu’on a l’habitude de réciter un peu machinalement. C’est peut-être aussi l’occasion de réfléchir au sens profond de ce que l’on célèbre, de quitter une certaine inattention et de revêtir les mots autrement.

Propos recueillis par Christiane Elmer