Torah / Atlanta Jewish Times

Journée du Judaïsme: contre l'antisémitisme !

Le 2e dimanche de Carême (13.3.2022) nous commémorons la Journée du Judaïsme. La Commission pontificale pour les relations religieuses avec le judaïsme a recommandé d'instituer cette journée, à laquelle la Conférence des évêques suisses a donné suite en 2011.

Le deuxième dimanche de Carême (13.3.2022) nous commémorons la Journée du Judaïsme. La Commission pontificale pour les relations religieuses avec le judaïsme a recommandé d'instituer cette journée, à laquelle la Conférence des évêques suisses a donné suite en 2011.

Cette Journée doit permettre d'approfondir les connaissances sur le judaïsme, d'éliminer les préjugés antijuifs et de promouvoir un "enseignement du respect". Cette année, cette mission nous rappelle le 75e anniversaire de la conférence de Seelisberg. Du 30 juillet au 5 août 1947, d'éminents représentants d'organisations juives et chrétiennes, des hommes et des femmes catholiques, protestants et juifs de 19 pays se sont réunis dans cette petite commune du canton d'Uri pour une "Conférence internationale des chrétiens et des juifs" qui est entrée dans l'histoire comme "Conférence d'urgence contre l'antisémitisme" et qui, en dix thèses, a renouvelé la foi et la théologie chrétiennes par une relation sans préjugés avec le judaïsme.

En 1947...
Deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et après le meurtre de masse des juifs européens, on reconnut la persistance effrayante de l'hostilité envers les juifs et on conçut à Seelisberg des mesures et des stratégies pour lutter contre l'antijudaïsme et l'antisémitisme. Les "Thèses de Seelisberg" ont posé le premier jalon d'une compréhension positive des relations entre le christianisme et le judaïsme, avant-coureur de la Déclaration "Nostra aetate" du Concile Vatican II, par laquelle l'Église a ouvert en 1965 une nouvelle ère, véritablement « révolutionnaire », du dialogue judéo-chrétien. Sur la base de l'héritage spirituel commun, le Concile appelle à promouvoir le dialogue fraternel ainsi que la connaissance et le respect mutuels. Il condamne fermement toute forme de racisme et d'antisémitisme.

Dans son art. 4, la déclaration conciliaire déplore et rejette explicitement « les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs » et cite l'Écriture Sainte : "Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu" (1 Jn 4,8). Tous les chrétiens et chrétiennes sont tenus de repousser et de combattre toutes les manifestations d'antijudaïsme et d'antisémitisme.

Et aujourd'hui ?
Mais où en sommes-nous aujourd'hui, en 2022, des décennies après la conférence de Seelisberg et après le Concile Vatican II ? Nous sommes à nouveau confrontés à un antisémitisme dangereux. Déjà dans les années qui ont précédé la pandémie actuelle de coronavirus, on a pu constater une augmentation massive de l'antisémitisme en Europe. L'hostilité envers les juifs se manifestait de manière latente, mais aussi de plus en plus ouvertement dans les médias sociaux et, de plus en plus, dans des manifestations publiques d'hostilité. Jusqu'en 2019, la variante violente de l'antisémitisme avait atteint une ampleur jamais vue dans les décennies qui ont suivi 1945. Des agressions physiques allant jusqu'au meurtre de juifs, des attentats contre des musées, des écoles, des synagogues et des cimetières, mais aussi contre des institutions israélites ont été et sont toujours enregistrés. La liste des pays où ces violences ont eu lieu est longue. Elle s'étend de l'Europe de l'Est à la Belgique et à l'Allemagne, en passant par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

La Suisse n'a pas échappé à la règle...
Depuis le début de la pandémie, l'hostilité envers les juifs a encore augmenté. En ligne, l'antisémitisme a littéralement explosé, y compris en Suisse. La haine des juifs ne se manifeste pas seulement dans les milieux d'extrême droite, mais aussi dans des milieux bourgeois, libéraux et de gauche. L'hostilité envers l'État d'Israël, dont le droit à l'existence est contesté, joue un rôle central dans ce "nouvel antisémitisme". En Europe surtout, l'antisémitisme est devenu si menaçant que, selon une étude de l'UE publiée avant le coronavirus, environ 38 % des juifs et des juives d'Europe pensent à émigrer. Historiquement, on distingue deux formes d'hostilité envers les juifs. Il y a tout d'abord l'antijudaïsme d'origine religieuse, issu de l'histoire de la séparation du judaïsme et du christianisme, qui a créé les attitudes sur lesquelles repose encore aujourd'hui l'hostilité envers les juifs. Pendant de nombreux siècles, l'antijudaïsme chrétien a ancré les stéréotypes et les modes de pensée antijuifs dans la psyché collective de la civilisation européenne. Ils ont persisté. Pour désigner la nouvelle hostilité envers les juifs, le journaliste allemand Wilhelm Marr a inventé en 1878 à Berlin le terme d'"antisémitisme", un terme de combat dirigé contre les juifs et l'égalité des droits qu'ils avaient acquise depuis la Révolution française. Dans la nouvelle ère du racisme, les juifs ne pouvaient plus échapper à la persécution, comme l'ont montré le national-socialisme et l'Holocauste. Même après la Shoah, l'antisémitisme est resté présent et s'est manifesté dans l'antisionisme de l'Union soviétique et diverses vagues de persécution dans l'ancien bloc de l'Est, tout comme dans l'expulsion des Juifs du monde islamique.

Toute forme d'antisémitisme doit être combattue avec détermination. Le message de Seelisberg et celui de "Nostra aetate" demeurent valables :
Plus jamais d'antijudaïsme et d'antisémitisme !

Commission de dialogue juive/catholique-romaine de Suisse (CDJC)