Texte : Sylvia Stam
Les prêtres ne sont pas indispensables à la société. C'est en tout cas l'avis de l'État fédéral. Contrairement aux médecins, aux chauffeurs de bus ou aux policiers, les ecclésiastiques – c'est-à-dire, du côté catholique, les hommes ordonnés – doivent effectuer leur service militaire depuis le 1er juin.
Jusqu'à présent, l'article 18 de la loi sur l'armée mentionnait encore les ecclésiastiques en deuxième position dans la rubrique « Activités indispensables », juste après les conseillers fédéraux. En effet, la population devait pouvoir bénéficier d'un « soutien particulier » en cas de situation d'urgence.
Or, le Conseil fédéral voit les choses différemment : en raison de l'évolution de la société, marquée par de nombreuses sorties de l'Église, « la charge de travail liée à l'accompagnement pastoral » a changé, de sorte qu'« on ne peut plus considérer cette fonction comme indispensable », indique le Conseil fédéral dans son message relatif à la modification de la loi.
Les Églises n'ont pas été invitées à participer à la consultation
Ce n’est toutefois que lorsque la modification était déjà entrée en vigueur que les Églises ont appris que le clergé recevrait lui aussi à l’avenir un ordre de marche. En effet, ni les Églises nationales ni les Églises libres ne figuraient sur la liste des destinataires de la consultation – une omission difficile à comprendre, les Églises étant pourtant directement concernées par cette réglementation.
Le DDPS voit les choses autrement : la consultation aurait été menée conformément aux directives de la Chancellerie fédérale et aurait en outre été rendue publique. Le fait que les communautés religieuses n’aient pas été contactées s’explique par leur grand nombre et le « faible nombre de militaires concernés » – seuls les aumôniers âgés de moins de 34 ans seraient concernés.
« Une prétention »
Les Églises regrettent l'absence d'information préalable. L'obligation de service imposée aux ecclésiastiques pourrait bien avoir des répercussions sur la prise en charge pastorale, d'autant plus que la situation en matière de personnel est déjà tendue dans de nombreuses paroisses, a déclaré Maurice Greder, porte-parole de l'évêché, à kath.ch. Il considère l’argumentation du Conseil fédéral comme « en quelque sorte une prétention », car elle ne tient pas compte « des multiples dimensions de la pastorale ».
En collaboration avec l'Église évangélique, l'Église catholique-chrétienne et les Églises libres, les évêques ont fait part au Conseil fédéral de leur mécontentement face à cette manière de procéder, comme l'indique le service de communication de la Conférence épiscopale, à la demande du « pfarrblatt ».
Pour les Églises, l'affirmation selon laquelle les ecclésiastiques ne seraient plus indispensables dans des situations exceptionnelles n'est pas objectivement compréhensible. Elles demandent donc au Conseil fédéral de clarifier la pratique en matière de consultation et d'étudier des solutions viables pour des cas concrets de conflit. La réponse n'a pas encore été donnée.
Prise en charge pastorale assurée
À propos de la pastorale : selon une enquête menée par le « pfarrblatt » auprès des diocèses, huit prêtres catholiques de moins de 35 ans, de nationalité suisse, vivent actuellement dans notre pays.
Le nombre de accompagnateurs spirituels non ordonnés est bien plus important : dans les situations d'urgence, ils peuvent certainement apporter « un réconfort particulier ».